Ne dites surtout pas à mes fils que je m’apprête à écrire une chronique sur Merlin le cochon d’Inde, ils me croient critique littéraire dans un quotidien suisse de référence. Je me souviens très bien du repas où j’avais partagé mon idée, joyeusement en plus. C’était il y a plusieurs semaines. Si j’avais annoncé que je lançais une chaîne YouTube pour vanter les mérites du rock acrobatique ou du disco old school avec démonstrations à l’appui, l’effet n’aurait pas été différent. Hauts cris et accablement maximal chez mes deux grands ados. La honte allait s’abattre sur moi et me faire perdre instantanément mon travail. Et puis, notre cochon d’Inde relevait de notre stricte intimité familiale, pas question de lever le voile sur cet aspect de notre vie. Ils m’ont fait jurer que je n’allais pas mettre mon projet à exécution. J’ai bien vu qu’ils n’ont cru qu’à moitié à mon renoncement.

Zone industrielle

Novembre 2016. Le jour tombait, il pleuvait des cordes. Ce devait être un mercredi. Mon cadet revenait pour la 100e fois sur son envie d’avoir un cochon d’Inde. J’ai cédé. Sur un coup de tête. Sur le moment, je n’ai rien analysé. Me voilà au volant de la voiture, mon fils un peu ébahi à l’arrière, fonçant juste avant la fermeture des magasins vers une animalerie, dans une zone industrielle. Atmosphère sinistre, inutile de le préciser. «Où sont les animaux?» Le ton que j’emploie envers le premier employé qui surgit dans les rayons est proche de celui de Jack Bauer dans 24 Heures chrono. «Il n’y a plus d’animaux ici, madame. Il faut aller de l’autre côté de la frontière.» Un bref instant, j’ai vacillé. Mais rien ne pouvait m’arrêter. Ni la pluie ni la nuit. Nous sommes allés en France. Et nous avons ramené Merlin.