«Les sanglots longs des violons de l’automne/Blessent mon cœur d’une langueur monotone.» Avec ces vers, les premiers de son poème Chanson d’automne paru en 1866, Paul Verlaine est entré dans l’histoire le 6 juin 1944. La veille, le débarquement allié sur les plages de Normandie pour libérer la France de l’occupation nazie a été confirmé par leur diffusion sur les ondes de Radio Londres. Deux vers devenus ce jour-là ô combien républicains, puisqu’ils signifient la riposte armée du monde libre face aux ténèbres du IIIe Reich, avec pour conséquence d’en finir, sur le sol hexagonal, avec l’Etat français du maréchal Pétain. Paul Verlaine, mort à Paris tel un clochard en 1896, devient alors, à titre posthume et par la force de sa poésie, un héros national…

«Changer la vie» «Je est un autre»… Combien de vers et de formules d’Arthur Rimbaud ont, depuis la disparition du poète le 10 novembre 1891 à Marseille, rythmé les convulsions de la République française? «Rimbaud fut pris dès ses premiers vers dans les secousses sociales considérables des années 1870-1890 en France et dans le monde. La défaite de 1870, la fin du Second Empire, la Commune de Paris et les tentatives de colonisation généralisée de la planète par les Occidentaux d’Europe et des Amériques imprègnent la révolte», écrit l’une de ses biographes, Kristine Ross. Suivra, bien plus tard, l’hommage rendu au natif de Charleville-Mézières (Ardennes) par les révolutionnaires de mai 1968, puis par François Mitterrand qui, en 1972, intitule justement le programme du PS «Changer la vie»