Peinture exécutée sur un support rigide et autonome: c’est ainsi que Le Robert définit un tableau. On pourrait encore ajouter qu’un tableau est circonscrit par un cadre, à l’intérieur duquel s’exprime la vision de l’artiste. Mais qu’adviendrait-il si cette notion de cadre n’avait plus cours, si on pouvait littéralement pénétrer dans une toile et l’observer à 360 degrés? Il serait dès lors possible d’appréhender une œuvre de manière plus sensorielle, et c’est justement ce que propose ce week-end le GIFF (Geneva International Film Festival) à l’enseigne de son Musée VR.

Se focalisant depuis plusieurs années sur la réalité virtuelle (VR), cette technologie immersive qui rend le cadre et le hors-champ obsolètes, la manifestation genevoise propose à Veyrier la découverte de six œuvres permettant un voyage au cœur de quelques chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art. La plus saisissante est Les Noces de Cana de Paul Véronèse, dans laquelle Guillaume Gallienne prête sa voix au peintre vénitien. Commandé pour habiller le monastère de San Giorgio Maggiora, aujourd’hui propriété du Louvre, ce chef-d’œuvre monumental (près de 70 m²) de la Renaissance tardive a comme personnage central Jésus, entouré de Marie, de ses disciples… et de plus de cent autres personnes.

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Une fois assis, le casque de réalité virtuelle bien en place, nous voici littéralement conviés aux Noces de Cana. Véronèse nous explique alors ses intentions, nous parle de sa technique, nous fait remarquer certains détails. On est parfois au milieu de la toile, l’instant d’après on la contemple en plongée. Le voyage dure moins de huit minutes, et on en redemande. Nous voici ensuite, avec les œuvres VR qui suivent, parachutés dans les univers de Gauguin, Monet ou Vélasquez. On a alors l’impression d’appréhender au plus près ce qui fait leur génie – la découverte des couleurs tahitiennes pour Gauguin ou l’obsession des nymphéas d’un Monet vieillissant.

Deux propositions romandes issues de la série Hors-cadre, coproduite par la RTS, sont enfin dédiées à des artistes suisses. Tandis que L’Ile des morts prend la forme d’un onirique périple marin en direction du mystérieux tableau éponyme, peint par le Bâlois Arnold Böcklin dans les années 1880, Intimités de Félix Vallotton est une enivrante plongée à travers les souvenirs de sa muse, Misia Sert, dans une série de gravures réalisée à Paris par l’artiste vaudois à la toute fin du XIXe siècle. Voir la peinture cesser soudainement d’être rigide a quelque chose de magique.


Le Musée VR du GIFF, espace culturel La Mansarde, Veyrier, du 21 au 23 mai. Entrée 5 CHF. Dès 12 ans.