Théâtre

Véronique Olmi, jongleuse de solitudes

Romancière et auteure de théâtre parmi les plus traduite en Europe, la Niçoise est aussi une comédienne d’exception, à applaudir à Neuchâtel dans «Jackson Bay»

Véronique Olmi est une romancière française dont les livres — Bord de mer, Numéro six ou Cet été-là – sont des best-sellers en France, en Allemagne, en Angleterre. Elle écrit des pièces de théâtre, Chaos debout, Les Nuits sans lune, Mathilde, parmi les plus jouées en Europe. Elle est aussi une comédienne d’exception, de celles qui peuvent glisser une vie dans un silence. On peut l’applaudir bientôt à Neuchâtel, après Genève, dans «Jackson Bay» de Stéphanie Blanchoud, huis clos entre quatre égarés, pris au piège des non-dits et d’une panne de moteur. C’est rare de croiser une artiste qui combine comme elle trois talents, trois mondes. Rencontrée à l’issu d’une représentation au théâtre du Loup, à Genève, on le lui dit. Véronique Olmi écarquille un peu les yeux, sourit et accepte de nous rencontrer pour en parler.

Exilés russes

Petit restaurant thaï dans la vieille ville à Genève. Véronique Olmi, yeux intenses dans un gabarit de ballerine, est devenue comédienne par osmose familiale. Née à Nice dans une famille nombreuse, elle joue d’abord dans les pièces écrites par sa grand-mère pour le cercle familial. «Nos repas étaient toujours interrompus par quelqu’un qui levait un toast, se mettait au piano, chantait ou récitait un texte», se souvient-elle. Une atmosphère très slave, en somme. Une affaire d’osmose là encore avec les exilés russes, nombreux à Nice? «J’ai découvert bien plus tard que mes grands-parents vivaient à côté de la pension où Tchekhov avait écrit les Trois sœurs et où Lénine a séjourné ensuite. Je pense qu’il existe une vraie proximité entre le tempérament russe et le tempérament méditerranéen.»

Exil en France

Ce seront les mots de la poétesse Marina Tsetaïeva qui guideront ses premiers pas dans l’écriture de spectacles. «Je me suis mise à écrire pour dépasser mes échecs de comédienne» glisse-t-elle quand on lui demande le déclencheur de l’écriture. Après des adaptations du Diable et de la correspondance Tsvetaïeva- Rilke- Pasternak, elle signe Le Passage sur le retour en URSS de Tsetaïeva et de son fils après leur exil en France. Marina Vlady incarne la poétesse au Théâtre du Rond-Point en 1997.

Mais l’année mémorable, ce sera 1998. Cette année-là, trois pièces de Véronique Olmi seront à l’affiche: Chaos debout au festival d’Avignon dans une mise en scène de Jacques Lassale; Le Passage dans une nouvelle mise en scène de Brigitte Jaques au théâtre des Abbesses à Paris et Point-à-la ligne au Vieux-Colombier (Comédie française). Triplé historique.

Acheter des frites

Et puis la maison d’édition Actes Sud, qui publie ses pièces, lui demande d’écrire un premier roman. Ce sera Bord de mer, en 2001, récit à la première personne d’une mère infanticide. «J’avais été frappée par un fait divers où une mère avait acheté des frites pour ses enfants puis les avait tués. L’attention, aimante, d’offrir des frites puis la mort, c’est la proximité entre ces deux extrêmes qui m’avait inspiré. Nous sommes tous potentiellement dieu et diable, ombres et lumières.» Bord de mer devient un phénomène éditorial en France et dans une dizaine de pays.

Au théâtre, elle connaîtra un succès similaire avec Mathilde qui débute par le retour à la maison d’une femme, fin de quarantaine, qui vient de passer trois mois en prison. Son crime: avoir eu des rapports sexuels avec un mineur de quatorze ans.

Part de lumière

Dans Jackson Bay, en ce moment à Genève et bientôt à Neuchâtel, Véronique Olmi joue Jeanne, une femme invitée par Norman à l’autre bout du monde pour des vacances qui virent à l’épreuve. Pour calmer l’angoisse, Jeanne range et parle tout le temps. «Elle a cette névrose mais elle est aussi très lucide sur elle-même et sur le couple fragile qu’elle forme avec Norman. Elle est attentive et clémente envers les autres. Elle ne cesse de faire de son mieux pour faire face à la situation. J’ai compris que je trouverai mon personnage quand j’aurai atteint l’équilibre entre son angoisse, son chagrin et sa part de lumière.»

A-t-elle besoin de jouer comme elle a besoin d’écrire? «Je ne pourrai pas vivre sans écrire. L’écriture entraîne une solitude qui m’est nécessaire. Et des compagnonnages extraordinaires avec les personnages» Comme avec Bakhita, l’esclave soudanaise arrachée à neuf ans à sa famille en 1876 par les trafiquants, avec une violence telle qu’elle en oubliera son nom. Vendue et revendue plusieurs fois, elle deviendra religieuse en Italie puis canonisée par Jean-Paul II. Tombée sur une photo de Bakhita dans une église en France, Véronique Olmi décide sur-le-champ d’arrêter tous ses projets en cours pour se consacrer à un roman sur sa vie. Il sortira en août prochain. «Sur scène, quand Jeanne dit qu’elle regarde la nuit, je pense chaque fois à Bakhita qui faisait exactement la même chose et je lui demande, intérieurement, que voyais-tu dans cette nuit-là?»


«Jackson Bay», Théâtre du Pommier, 9 chemin du Pommier, Neuchâtel. Les 1er et 2 février. Rés. 032/725 05 05 ou www.ccn-pommier.ch


Profil

1962: Naissance à Nice

1990-1993: Assistante metteur en scène

1996: Ecriture de sa première pièce de théâtre, «Passage»

1998: «Passage» est créée à Lausanne

2001: Publication de son premier roman, «Bord de mer»

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