En cette période automnale synonyme de récompenses littéraires, généralement très médiatisées, la question brûle les lèvres. Et la Suisse? Les Français disposent, entre autres, du Goncourt, les Allemands du Deutscher Buchpreis et les Anglais du Booker Prize. Les auteurs suisses étaient jusqu'ici contraints - ou presque - d'envier leurs voisins. Un changement se profile, du moins pour les plumes alémaniques. En effet, la première édition en novembre du festival bâlois de littérature Buch08 - indépendant de la défunte foire du livre Buchbasel (LT 19.12.07) - coïncidera avec la remise du premier Schweizer Buchpreis ou Prix suisse du livre. Cinq écrivains - Lukas Bärfuss, Adolf Muschg, Anja Jardine, Peter Stamm et Rolf Lappert ont été nominés, parmi 84livres avancés par les éditeurs, via un jury de cinq critiques. Tous alémaniques. L'heureux - ou l'heureuse - élu sera récompensé de 50000 francs, les quatre autres sélectionnés de 2500 francs.

Un outil de promotion

Les initiateurs, Buch08 et la section germanophone de l'Association suisse des libraires et éditeurs (SBVV), ont un vœu clair: récolter des retombées financières et promotionnelles comparables à celles réservées aux lauréats des prix voisins, ainsi qu'à leur maison d'édition. «Chaque année, ces distinctions assurent des ventes et une attention médiatique importantes», observe Dani Landolf, directeur de la SBVV. «Cela excite indéniablement l'attention des lecteurs.» D'ici au 16 novembre, les nominés accompliront une campagne de promotion, notamment à la Foire du livre de Francfort.

Ce prix, budgétisé à quelque 100000 francs, a été mis sur pied à vive allure pour être décerné à l'occasion de Buch08. Cette preste organisation explique, en partie, l'absence des autres littératures suisses. «Il faut aussi que l'initiative, et les moyens, viennent des Romands si l'intérêt existe de leur côté», note l'éditeur Egon Ammann, responsable du festival. «Nous restons ouverts à toute proposition.» Côté romand, l'Association des libraires et éditeurs a été avertie de l'existence de ce prix, comme placée devant le fait accompli. Une éventuelle collaboration future devra être discutée et réfléchie, selon elle, avec tous les acteurs du milieu.

Le milieu littéraire suisse dispose déjà de multiples prix ou décorations, parfois plurilingues, à l'image du Prix Schiller, mais généralement détachés du marché et de la promotion. Cette nouvelle distinction, pour l'heure sans soutien de l'Office fédéral de la culture, sera remise chaque année avec si possible cinq nominés, originaires de Suisse ou y résidant depuis plus de deux ans. Reste à savoir si les talents susceptibles d'assurer la renommée du prix seront toujours en nombre suffisant.