Pour sa cinquième année à la tête de la Mostra de Venise, du 27 août au 6 septembre, le Suisse Marco Müller a décroché le film d'ouverture dont tous les festivals 2008 rêvaient: Burn after Reading, nouvel ouvrage des frères Coen, l'année même de leur Oscar pour No Country for Old Men. Une comédie délirante où George Clooney et Brad Pitt incarnent des gérants de salle de fitness prêts à tout pour s'offrir des opérations de chirurgie esthétique. De quoi, peut-être, donner le ton de cette 65e édition, même si l'annonce de sa sélection, mardi, fut accompagnée d'une curieuse volte-face: faute de garantie sur la date de présentation de son dernier film, Dust of Time avec Bruno Ganz, Willem Dafoe et Michel Piccoli, le cinéaste Theo Angelopoulos s'est retiré de la course.

Peu surpris par la réaction d'un Angelopoulos qui ne s'est jamais vraiment distingué par sa modestie, les festivaliers s'accommoderont de ce coup de sang d'autant plus facilement que la Mostra 2008, dédiée au défunt Youssef Chahine, promet à nouveau autant que Cannes. C'est que l'homme qui a remis la manifestation à la hauteur des plus grandes, Marco Müller, a rempilé après ses quatre années contractuelles. Et avec lui, la grande et savoureuse rétrospective sur le cinéma italien se poursuit avec une trentaine de films restaurés.

Pour le reste, la Mostra sera, outre les pures découvertes, divisée en deux: les grands noms et les revenants. Les premiers sont essentiellement représentés, en compétition, par les Japonais Takeshi Kitano, ainsi que les rois de l'animation Hayao Miyazaki et Mamuro Oshii. Il faut leur adjoindre également, avec des ouvrages tout frais, l'Italien Pupi Avati, l'Américain Jonathan Demme ou encore le Français Barbet Schroeder. Dans les autres sections, les grandes signatures se bousculent également puisque le Chinois Jia Zhangke ou le Portugais Manoel de Oliveira présenteront leurs nouveaux films.

Côté revenants, la 65e Mostra paraît plus fournie encore. Et quel plaisir de voir réapparaître, en compétition les noms des Américains Darren Aronofsky et Kathryn Bigelow, ainsi que celui de l'Allemand Werner Schroeter. Une tendance qui dépasse le seul concours, là aussi, puisque les Françaises Claire Simon et Agnès Varda, leur compatriote Philippe Grandrieux ou encore l'Iranien Abbas Kiarostami rallieront le Lido.

Le président du jury, Wim Wenders, verra ainsi que même après un passage à vide aussi effroyable que son Palermo Shooting présenté à Cannes en mai, il est possible de rebondir. D'autres jurés, qui tournent également en rond, subiront sans doute le même coup de fouet bénéfique: le réalisateur américain John Landis ou l'actrice Valeria Golino qui roule des yeux face à Nanni Moretti dans le prochain et fastidieux Caos Calmo. A l'heure des délibérés, il serait bon qu'ils écoutent le plus doué d'entre eux, le cinéaste hongkongais Johnnie To.

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