Le Kazakhstan n'est pas n'importe laquelle des anciennes républiques asiatiques de l'Union soviétique. En plus des importantes richesses de son sous-sol, ce pays d'Asie centrale est le seul de la région à pouvoir se vanter d'une production cinématographique régulière et intéressante. Et même d'un cinéaste vedette en la personne de Darejan Omirbaev, dont le dernier film, Tueur à gages, a obtenu le Prix Un Certain Regard l'année dernière à Cannes.

La situation, cependant, n'est pas des plus réjouissantes. Des huit longs métrages sortis chaque année des studios d'Alma-Ata aux heures glorieuses de l'ancien Empire, on n'en compte aujourd'hui qu'une petite moitié, produite dans des conditions matérielles extrêmement précaires.

Par contre, l'effondrement brutal des anciennes structures – le pays a acquis l'indépendance en 1991 – semble avoir

permis l'émergence d'une nouvelle génération de cinéastes prompts à faire voler en éclats les façons de filmer sclérosées de leurs aînés, pour partir à la recherche d'une esthétique subtile et très personnelle. C'est de cette «Nouvelle Vague» kazakhe que le Festival de Fribourg veut nous offrir un aperçu.

Que ce soit chez Amir Karakulov, dont le film Une Femme entre deux frères reprend le schéma classique, en l'épurant à l'extrême, de la rivalité amoureuse brisant une amitié très forte; que ce soit chez Darejan Omirbaev, qui, au-delà de l'histoire somme toute banale de Tueur à gages – pour avoir embouti la belle Mercedes d'un nouveau riche, un jeune homme se retrouve emporté dans une spirale de l'endettement qui le conduit à accepter de tuer un journaliste en échange de sa dette –, nous permet d'entrevoir l'état de délabrement économique et moral dans lequel son pays est embourbé.

Que ce soit encore chez Satybaldy Narymbetov (le seul à avoir travaillé au temps du «réalisme socialiste»), dont la biographie d'un jeune accordéoniste est à prendre comme une délicieuse et subtile chronique d'un village ordinaire, avec son épicier, sa putain au grand cœur, son chef du Parti et sa bande d'enfants espiègles et ingénieux. Que ce soit enfin chez Serik Aprymov ou chez Talgat Temenov, tous les ingrédients sont en effet là pour inciter la critique à parler de «Nouvelle Vague» kazakhe: réductions des moyens, refus du studio, recours à des acteurs non professionnels, désinvolture maîtrisée avec la mise en scène.

Un seul élément discordant: les cinéastes, eux, travaillent isolément, se sentant à mille lieues d'appartenir à un quelconque groupe. Et, enfin, ultime lien unissant fortement tous ces films constituant le nouveau cinéma kazakh: la présence persistante de personnages d'enfants. Comme pour signifier un désir essentiel de renouvellement.