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A Versailles, Macron délaisse un peu «Jupiter»

Emmanuel Macron a fait preuve d’humilité lors de son discours devant le parlement réuni en Congrès. 
Son projet politique, en revanche, demeure inchangé

Non, la France n’est pas dirigée par un président autiste, méprisant, au seul service des puissants et des plus fortunés. Ce message, Emmanuel Macron l’a martelé d’emblée lundi, lors de son second discours devant le parlement réuni en Congrès à Versailles. «Je n’ai rien oublié de ces colères, de ces peurs […] Je sais que je ne peux pas tout, que je ne réussis pas tout», a très vite asséné le chef de l’Etat français, soucieux de se débarrasser, face aux députés et sénateurs, de son image «jupitérienne». Même les absents, d’ailleurs, ont été entendus. Les députés de la France insoumise (gauche radicale) et une volée d’élus de droite avaient boycotté cette intervention présidentielle annuelle, pour protester devant l’impossibilité de répondre au chef de l’exécutif. Cela devrait être corrigé l’an prochain, via l’introduction d’un amendement au projet de réforme constitutionnelle, permettant au locataire de l’Elysée d’assister à la suite des débats…

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«Un effort jamais achevé»

Autre axe prioritaire de ce long discours d’une heure et demie, prononcé sur un ton professoral sans moments grandiloquents, mais truffés de ces phrases complexes et littéraires qu’affectionne Emmanuel Macron: la réaffirmation de sa ténacité. A Aix-en-Provence ce week-end, en ouverture de la rencontre annuelle des économistes, son premier ministre, Edouard Philippe, avait comparé le président au héros grec Ulysse qui «jamais n’abandonne». Le chef de l’Etat l’a imité, s’affirmant à la fois «humble mais résolu» et déterminé à ne pas laisser le doute détourner (sa) pensée. Bilan psychologique de cette année 1 à la tête du pays: «C’est un effort jamais achevé, nécessaire, en particulier pour le président de la République, que de reprendre sans cesse, de reformuler sans cesse, tant le tohu-bohu de l’actualité toujours en mouvement, toujours en ébullition, fait courir le risque d’en troubler et d’en perdre le sens…»

Pas de nouvelle mesure phare

La surprise n’est toutefois pas venue de là. Ni de la contrition nouvelle d’un chef de l’Etat désireux de ne pas se couper de la population et des élus de la nation. Ni de sa volonté réaffirmée, dont personne ne doute vraiment. La nouveauté de ce discours a surtout tenu à ses absences. Pas d’annonces de nouvelle mesure phare, ou d’abandon d’un projet controversé. Pas d’engagements pris sur le front de l’emploi, comme son prédécesseur François Hollande le fit à ses dépens. Pas de révision du projet macronien, plus que jamais centré sur quatre piliers: la transformation économique de la France afin d’y attirer les investissements; la mutation de l’Education nationale pour lutter contre les «inégalités de destin» à travers, notamment, l’accent mis sur les filières professionnelles et sur l’apprentissage; l’insistance sur le projet européen et la défense d’une «souveraineté commune» malgré cette «frontière véritable qui sépare les progressistes des nationalistes». Et surtout, la redéfinition du modèle social français en remettant les pendules économiques à l’heure: «Si l’on veut partager un gâteau, il faut qu’il y ait un gâteau […]», a expliqué Emmanuel Macron, fustigeant «ceux qui n’ont que le mot assistanat à la bouche».

Donnant-donnant 
avec le secteur privé

Le cap, donc, est fixé. Emmanuel Macron s’y tient. Avec deux éléments nouveaux, fruits de cette première année présidentielle marquée par les tensions sociales autour des ordonnances sur le Code du travail et de la réforme de la SNCF, et par les nouvelles convulsions politiques autour de l’accueil des migrants. Premier ajout à la rhétorique macronienne: la notion «d’insécurité culturelle», cette «peur de l’effacement, presque civilisationnelle». Message clair: ce président quadragénaire et anglophone, plus familier des marchés de capitaux que des villages français, n’entend pas dissoudre la France dans le melting-pot de la mondialisation. Deuxième nouveauté de ce discours: le donnant-donnant avec le secteur privé. «Toutes les sociétés qui propagent l’idée que la prospérité se nourrit des inégalités le paieront», a prédit le président. Avant d’annoncer qu’il recevra, le 17 juillet, les partenaires sociaux, puis pendant le mois à venir les patrons des 100 premières entreprises françaises. Pour les prier d’embaucher et de démontrer que les réformes produisent leurs fruits…

Ce discours n’était pas fondateur. Il n’avait pas non plus valeur de bilan. Pas étonnant. Emmanuel Macron a toujours dit qu’il fallait lui donner deux ans, soit jusqu’en 2019, date des prochaines élections européennes et de la grande réforme des retraites, confirmée face aux parlementaires. Il s’agissait de montrer que la France est dirigée d’une main ferme – «l’ordre républicain» a été plusieurs fois cité, et l’islam de France se verra bientôt doté «d’un cadre» –  et que le pouvoir garde le cap. «Jupiter» temporise, mais ne rompt pas.  

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