NOUVEAUX MEDIAS

«Version bêta», l'expérience pour tous

Endeuillé par la mort de son directeur, le Centre pour l'image contemporaine de Genève présente sa 8e biennale consacrée aux artistes explorant les nouvelles technologies. Elle n'est pas réservée à un public averti.

La 8e biennale Version bêta a vécu son premier week-end à Saint-Gervais Genève. Consacrée, comme les éditions précédentes, à des artistes qui travaillent avec les nouveaux médias, spécialistes du iPod et d'Internet, du GPS et des systèmes cybernétiques, elle demande - et mérite - un peu d'implication. Mais elle n'est en aucun cas réservée aux fous d'informatique. A l'image des artistes eux-mêmes, pour qui l'exploration des nouvelles technologies n'est pas un but en soi, elle s'intéresse au monde, aux complexités et aux paradoxes du XXIe siècle. Même endeuillée par le décès de son directeur, André Iten, cet été, et dans l'incertitude de son avenir (lire ci-dessous), la petite équipe du Centre pour l'image contemporaine (CIC) a assuré en effet une édition tout à fait plaisante qui se présente comme une expérience totale.

A commencer par le commissariat de la biennale. Celle-ci a en effet été montée grâce à un travail d'équipe tout à fait en phase avec le développement en réseau des nouveaux médias. Le CIC a ainsi travaillé en étroite collaboration avec les enseignants du postgrade «Immédiat, arts et médias» de la Haute Ecole d'art et de design de Genève. Mais aussi avec le relais d'observateurs un peu partout dans le monde. Si l'essentiel des choix était bien sûr décidé fin juin avant le départ tragique d'André Iten, il a fallu encore affiner, au gré des réalités matérielles et budgétaires notamment. Cela donne pourtant une exposition plaisante à investir.

Et, bien au-delà d'une interactivité de pacotille, c'est un réel investissement qui est demandé aux visiteurs. Même quand il s'agit simplement de regarder, comme dans l'installation de Tania Ruiz, Quotidianness, toute de poésie et de fragilité. Composée comme une ronde de petits praxinoscopes - une de ces machines optiques qui ont précédé le cinéma -, elle invite à regarder de minuscules scènes, comme autant de gestes du quotidien répétés à travers le monde.

Poésie encore avec le dispositif de Grégoire Lauvin, qui fait pousser des volubilis dans un bureau du CIC. En caressant leurs feuilles fragiles, on influence la bande sonore...

Toujours dans la délicatesse, il s'agit cette fois de passer le doigt sur un iPod Touch dans le projet Touching through your Eyes, seeing with your Skin, des Japonais Kumiko Idaka et Tasuya Saito. Le software iFlipBook qu'ils ont développé permet ainsi d'animer l'image. On visse et dévisse, gonfle et dégonfle un ballon... C'est un peu gratuit, mais assez fascinant par sa simplicité même.

A contrario de ce dernier exemple, plus d'un travail témoigne d'un réel engagement social et politique. A l'image de NomadicMilk, d'Esther Polak, une installation qui croise les parcours du lait industriel et de celui fourni par les zébus de bergers nomades dans le nord du Cameroun. Ou de cette élève du postgrade genevois, Laura Seguy, qui associe les drapeaux nationaux des pays colonisés et colonisateurs. Cela donne de jolis imprimés qu'on pourrait porter innocemment en foulards s'ils n'étaient rattachés à une histoire souvent douloureuse.

Le groupe Nogo Voyages (http://www.nogovoyages.com), formé d'artistes basés dans différents pays, s'intéresse lui aux périphéries des villes, dans leur banalité a priori peu touristique. Cette fois, c'est sur Moillesulaz, à la frontière franco-suisse, qu'il a jeté son dévolu. Nogo Voyages invite à se rendre sur place, pour une visite guidée par des appareils GPS à disposition à Saint-Gervais. A chacun d'expérimenter l'insolite dans le banal...

Mais le projet le plus ambitieux du point de vue de l'interactivité est sans aucun doute celui du collectif londonien Blast Theory (http://www.blasttheory.co.uk). Day of Figurines invite les visiteurs à s'inscrire pour devenir les acteurs d'une cité, mi-réelle, mi-virtuelle. Représentés dans l'exposition par de minuscules figurines sur une maquette, ils seront amenés à interagir durant les 24 jours de la performance grâce à des échanges de SMS. Ils pourront tout aussi bien être appelés à participer à des événements festifs que tragiques...

Version bêta, au CIC, Saint-Gervais Genève, rue du Temple 5, jusqu'au 14 décembre. Tout le programme des projections, workshops et performances sur http://www.version-beta.ch.

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