Le mois de la Photographie, qui a lieu tous les deux ans, transforme Paris en une immense vitrine éclatée de tous les genres photographiques. L'exposition consacrée à Catherine Gfeller, artiste suisse née en 1966, au Centre Culturel Suisse (CCS) est l'une de 67 manifestations de cette biennale tentaculaire.

Depuis quelques années, Catherine Gfeller a réussi à imposer son style dans le monde saturé de la photographie contemporaine. Les images de ville qui l'ont fait connaître appartiennent à l'un des genres les plus pratiqués par les jeunes photographes. Mais, grâce à un travail de transformation par ordinateur, elle donne aux siennes la consistance de compositions abstraites dont l'anecdote est absente.

Une femme, des points de vue

C'est pourquoi l'exposition du CCS surprendra ceux qui l'avaient classée un peu vite parmi les esprits constructivistes. Sous le titre Versions d'elle, Catherine Gfeller fait le portrait d'une femme décrite de plusieurs points de vue (le sien, celui de ses amis, celui d'une caméra objective, etc.) et par l'intermédiaire de presque toutes les techniques visuelles numériques disponibles (télévision, projection de diapositives, projections vidéos sur les murs, bâches imprimées, etc.). A ces images, se superposent non seulement les bandes-son des vidéos, mais aussi des phrases écrites sur les murs ou diffusées par des haut-parleurs.

C'est une sorte d'œuvre d'art totale électronique grâce à laquelle Elle, mais aussi l'artiste dont elle est le double, prend la parole. Catherine Gfeller tente de reconquérir sa propre sensibilité et de l'affirmer publiquement. Elle tente en même temps de maîtriser d'un seul coup une multitude de techniques d'expression. L'ambition impose le respect, mais c'est peut-être trop à la fois.

«Plusieurs versions d'elle», de Catherine Gfeller. Centre Culturel Suisse, Francs-Bourgeois 38 à Paris. Tél. 00 33/1 42 71 51 24. Jusqu'au 22 déc.