La montagne selon Ludwig Hohl? Une quête d'absolu qui éreinte le corps, mais le met en joie. Un éloge du dépassement de soi, antidote au désespoir. Un acte de foi dans la fraternité amoureuse que la pente sans pitié enfante. Marcela Salivarova Bideau a beaucoup lu Une Ascension, texte de jeunesse récrit pendant cinquante ans, avant d'être offert au lecteur en 1975. Elle a marché en imagination dans l'ombre d'Ull et Johann, alpinistes soudés naguère qui vont se séparer, comme s'ils réalisaient que leur couple avait vécu. Cette rupture à flanc de rocher, avec vue sur l'à-pic, Jean-Luc Bideau et Jacques Probst la feront revivre, livres en main, la semaine prochaine à Genève avant Lausanne, accompagnés des musiciens Anna Grichting et Jean-Luc Pedretti.

Drame de l'usure, si on veut. Marcela Salivarova Bideau, qui signe la mise en lecture, explique: «Si cette œuvre me touche autant, alors que je ne suis pas alpiniste, c'est que c'est une fable sur le couple. Que se passe-t-il lorsque l'attrait n'existe plus?» Sur scène en revanche, les comédiens connaissent l'osmose, selon le mot de Jean-Luc Bideau. Ils ont l'un et l'autre le pied montagnard, mais sont tous deux sujets au vertige. Ils ambitionnent surtout d'être à la hauteur de l'exigence de Ludwig Hohl, que Jacques Probst a beaucoup fréquenté.

L'acteur se souvient: «Je lui rendais visite la nuit dans la cave où il habitait à Genève. Il me recevait à 1 heure du matin, il portait costume et cravate ou un peignoir. Nous buvions de la vodka, entre autres, jusqu'à 8 heures et lui discourait sur toutes sortes de sujets. Un jour, il m'a dit: «Sans l'alcool, il y a longtemps que je serais mort.» Les spiritueux et la montagne étaient ses viatiques. Son azur libéré sur la page. Cet éclat bleu, Jean-Luc Bideau et Jacques Probst promettent de le révéler.

Une Ascension, Genève, Théâtre Saint-Gervais, les 24, 25 et 26 mars (loc. 022/908 20 20); Lausanne, Grange de Dorigny, du 1er au 4 avril (Rens. 021/692 21 12).