«Je veux décloisonner la photographie»

Images Tatyana Franck prend ses fonctions de directrice du Musée de l’Elysée ce lundi

L’historienne de l’art énonce ses priorités

Sa nomination a créé la surprise en novembre dernier. A 30 ans, Tatyana Franck, directrice des Archives Claude Picasso, a été choisie pour succéder à Sam Stourdzé à la tête du Musée de l’Elysée. A l’heure d’entrer en fonction, la nièce d’Henri Cartier-Bresson et de Martine Franck, diplômée en histoire de l’art et droit des affaires, dévoile un pan de ses futures actions.

Le Temps: Dans quel état d’esprit commencez-vous?

Tatyana Franck: Je suis impatiente. Et mon mandat démarre fort puisque, les 2 et 3 mars, le jury, dont je fais partie, sélectionne les architectes qui dessineront le pôle muséal. Depuis trois mois, j’ai pris ce projet à bras-le-corps, par de nombreuses discussions avec les directeurs des autres institutions notamment.

– Quelles seront vos premières actions?

– Je veux placer mon mandat sous le signe de l’ouverture, ce qui signifie de nouveaux publics, une nouvelle génération d’artistes, un décloisonnement des disciplines et de nouveaux partenaires. Il est important de fédérer au niveau local; j’imagine des collaborations avec l’EPFL, Vidy, le Mudac, etc., mais également un rapprochement avec la Suisse alémanique. A cet égard, les communiqués, les textes d’introduction aux expositions, peut-être les légendes des photographies et le magazine Else seront traduits en allemand. A l’international, je souhaite des partenariats avec des musées de photographie mais aussi d’art. De plus en plus, les artistes utilisent en effet la photographie comme un moyen d’expression parmi d’autres.

– Le programme des expositions est bouclé jusqu’à début 2016. Quelles sont vos envies pour la suite?

– J’ai des pistes, actuellement en discussion avec l’équipe. Ce sera bouclé d’ici à quelques mois et j’en parlerai à ce moment-là. J’aimerais organiser trois à quatre expositions par an: la rétrospective d’un grand artiste, l’exposition d’une collection, une exposition thématique et une exposition technologique, des images prises par des drones par exemple.

– Y a-t-il un photographe que vous rêvez d’exposer?

– La liste est trop longue!

– Quelle sera votre politique d’acquisition?

– Je poursuis la stratégie très réussie de mon prédécesseur; faire du département des collections un pôle d’excellence afin de susciter des dépôts voire des donations.

– Quelles sont vos priorités en termes d’accueil?

– Nous avons ouvert le Studio en janvier, pour les enfants. L’accueil des scolaires est une priorité, mais nous devons également aller au-devant des écoles. J’aimerais soutenir aussi le public malvoyant. Une sélection d’images donnant une vue d’ensemble de notre collection et de l’histoire de la photographie sera mise en ligne dans un format spécial, permettant une impression 3D. Dans un deuxième temps, lorsque nous serons au pôle muséal, j’aimerais ouvrir un espace dédié à ces tirages en relief.

– Le Musée de l’Elysée soutient la scène locale et les jeunes talents. Une évidence pour vous aussi?

– Oui, la vocation d’un musée est de soutenir la création et l’aide à la production est ce que nous pouvons faire de mieux. Le musée est présent sur toute la chaîne, puisqu’il soutient les jeunes artistes avec l’exposition reGeneration tous les cinq ans, les artistes intermédiaires avec le nouveau Prix Elysée et les confirmés avec les autres expositions.

– Le musée programme souvent en même temps une exposition grand public et une autre plus pointue. Vous ferez de même?

– Pas forcément en même temps, mais je pense que l’on peut alterner et prendre le risque de montrer des photographes moins connus. J’aimerais également montrer des livres en lien avec les expositions, puisque nous possédons une incroyable bibliothèque.

– Quelle place réservez-vous à la photographie vernaculaire, très présente dans le magazine «Else»?

– Le magazine aura une nouvelle formule dès juin, dans laquelle ce type de photographie aura moins de place. J’ai ouvert en revanche le comité éditorial à des experts de chaque continent, afin de continuer à découvrir des talents émergents et de présenter des portfolios inédits.

– Le musée fête ses 30 ans cette année. Vous avez le même âge. Qu’est-ce que cela vous inspire?

– Je suis née avec le Web et les réseaux sociaux; la vie est faite de cycles et cela fait sens d’avoir une énergie nouvelle aujourd’hui pour ce musée.

– Que prévoyez-vous pour célébrer l’événement?

– Il y aura des visites dans les réserves du musée, j’aimerais publier un livre et le point d’orgues des festivités sera la Nuit des images en juin.

– Allez-vous modifier l’équipe actuelle?

– Je compte bien la garder, elle est formidable! Nous aurons peut-être besoin d’engager une personne supplémentaire dans le cadre du futur déménagement, pour le travail d’inventaire.