Omar Porras et son bandana. Omar Porras et sa caverne d’Ali Baba. Le voici qui court comme un furet sur le plateau de la Salle Métropole. Son regard est vif; il est aux aguets pour régler les derniers détails de sa mise en scène, dès lundi soir à Lausanne. Le plateau est jonché d’objets, d’accessoires. Un bric-à-brac plus ordonné qu’il n’en a l’air, un théâtre imaginaire, un espace où réinventer La Grande-Duchesse de Gérolstein. Sur scène, on transpire, on chante, mais l’humeur est à la joie avec ces airs virevoltants d’Offenbach.

Omar Porras aime cette idée d’un laboratoire. Il parle du théâtre comme d’un «art du rafistolage», où des idées peu à peu s’agglutinent et s’agglomèrent, créent du sens. Tout est propice au spectacle, que ce soient des notes griffonnées dans un cahier, des esquisses dessinées au fil d’un voyage, des croquis discutés avec sa scénographe Amélie Kiritzé-Topor. «La scène est un lieu où l’inattendu amène une graine nouvelle qui pousse même dans une terre aride, et c’est cette puissance anarchique de la création qui fait que nous n’inventons rien.» Omar Porras puise à toutes sortes de sources d’inspiration. Il évoque un voyage au Japon au cours duquel il a écouté la musique d’Offenbach, cite un poème d’Apollinaire, parle de Callimaque, poète-bibliothécaire qui a catalogué plus d’un million de livres dans la mythique Bibliothèque d’Alexandrie (Alberto Manguel en parle dans Nouvel Eloge de la folie).

«Lorsque je construis une idée, je l’ordonne. Je ne fais qu’additionner des instants minuscules de vie, des moments de grâce perçus avec mes sens, et je les ordonne l’un après l’autre; la nuit, ils se transforment, ils prennent une autre forme. Le lendemain, ils se présentent à mes yeux comme une surprise et je ne fais que les raccommoder.» Il cite Gabriel García Márquez: «Lorsque les objets sont mal rangés, ils dorment mal.» Il dit combien la musique d’Offenbach, si pétillante en surface, recèle des ombres: «Offenbach était un compositeur politiquement et socialement engagé. Derrière les mots drôles, il y a un côté tragique, il y a cette absurdité d’une femme qui lance une guerre par caprice juste parce qu’elle aime les uniformes. La Grande-Duchesse fait une guerre dans un pays inexistant, elle envoie les soldats dans une guerre inexistante, mais il n’en demeure pas moins que c’est une guerre.» Plongée dans l’univers d’Omar Porras.