Plongeant sur le Léman, une terrasse vertigineuse. A l’intérieur du grand bâtiment qui la jouxte, tout ressemble au décor des séries télévisées américaines pour adolescents. Bienvenue à l’Institut de hautes études de Glion – un univers Dawson’s Creek, version bourgeoise. D’un côté, la cantine, toute résonnante des conversations – en anglais, of course. De l’autre, on repère les terrains de sport ainsi qu’un fitness. Au sous-sol, il y a le «club», salle colorée peuplée d’un billard, d’un baby-foot, de canapés. Quelques groupes de personnes discutent, certains flirtent peut-être, autour du bar. Tout le monde est plutôt grand, très beau et très chic. Une majorité d’Asiatiques – des étudiants originaires de la Corée du Sud, apprend-on plus tard.

Au milieu de cette jungle VIP, il y a le sourire et la chaleur communicative de Cindy Follonier, jeune Suissesse arrivée quelques jours auparavant pour la rentrée. Vêtue de noir, ongles french-manucurés et mascara volume, elle est aussi impeccablement mise que ses camarades. «Le dress-code est important ici, note-t-elle. Les filles sont en tailleur, les garçons en costume. Le matin, ils ne servent pas le petit déjeuner aux personnes mal habillées. C’est une question de respect de soi-même et d’autrui. Et puis, si on n’est pas dans la norme, on se sent mal à l’aise.» Seul symbole personnel dans sa tenue, un pendentif représentant l’Espagne, dont une partie de sa famille est originaire.

Ce matin, Cindy-Cendrillon a encore les yeux écarquillés de qui se réveillerait dans un rêve. Elle vient d’intégrer le bachelor en management d’événements sportifs et de divertissements, programme né il y a quelques années pour compléter l’offre formation hôtelière de l’institut. En près de quatre ans – dont une année de stage –, elle apprendra, en anglais, à organiser colloques, tournois, défilés, cocktails.

«Le luxe est un secteur qui attire de plus en plus de jeunes car ils peuvent s’y accomplir en faisant plaisir aux gens, commente Grégoire Evequoz, directeur général de l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue (Genève). C’est aussi un monde qui fait rêver. Cela motive les étudiants, mais ceux-ci devront progressivement adapter leurs désirs à la réalité.»

Agée de 20 ans, la nouvelle élève a déjà pu goûter au secteur lors de sa maturité professionnelle commerciale ainsi que durant ses stages successifs chez Pricewater­houseCoopers à Genève, Zurich et Neuchâtel, le canton dont elle est originaire. Elle a aussi organisé un concours de danse, une réunion de collaborateurs et un séminaire professionnel. «L’événementiel est un secteur qui grimpe, explique Cindy. Je sais qu’il y a beaucoup de concurrence. Mais, à Glion, nous pouvons profiter d’un réseau de partenaires et d’anciens élèves partout dans le monde!»

Les Follonier déboursent plus de 20 000 francs par semestre pour offrir à leur fille ce tremplin. Et même en étant directeur financier chez Richemont, le père de famille devra faire quelques sacrifices. Consciente du prix de son futur diplôme, la jeune fille envisage sa scolarité avec beaucoup de sérieux. En 2009, elle s’est payé un voyage linguistique en Angleterre grâce à un emploi au McDonald’s. Et cette année, promis, elle ne manquera aucun cours, elle donnera «le meilleur» d’elle-même.

«Certains de mes camarades sont habitués au luxe, affirme-t-elle. Ce n’est pas mon cas. Je dors dans un ancien hôtel quatre étoiles, vous vous rendez compte, pour moi, c’est juste incroyable!» Cindy a prévu de passer régulièrement le week-end dans sa famille et auprès de ses amis pour leur faire partager ses expériences et sa chance.

Au bout de ses études, Cindy deviendra organisatrice de mariages. Elle n’est pas sûre de vouloir convoler, non, mais elle aime «l’idée de rendre les gens heureux». Sa vocation, elle l’a découverte en regardant un reportage diffusé sur M6 et en visionnant les films américains comme Un mariage trop parfait, comédie jouée par Jennifer Lopez. «Elle s’occupe de tout, la robe qui se déchire, le papy trop bruyant, les couleurs des fleurs! C’est cela que je veux faire. Relever des challenges. Etre la femme de la situation.»

Et dans dix ans, où sera-t-elle? «A 30 ans? En Californie, j’en rêve! J’aurai ma propre entreprise d’organisation de mariages. J’aurai peut-être une famille et, pour mes enfants, je réduirai mon temps de travail sans m’arrêter. Wedding-planner est un métier faisable en tant que femme, mais aussi en tant que mère.»