Scènes

A Vevey, les Chorégraphiques ont enchanté

Trois pièces de qualité en une soirée. Avant les Swiss Dance Days qui débutent ce mercredi à Lausanne, Vevey a connu une intense semaine de danse

Trois propositions de qualité en une soirée: la quatrième édition des Chorégraphiques qui s’est achevée dimanche, à Vevey, s’est distinguée. Quand on pense «danse contemporaine» en Suisse romande, on pense spontanément à Genève, dont l’ADC est un pôle salué et Forum Meyrin, un solide allié. On pense également à Lausanne qui, avec le Théâtre Sévelin, fief de Philippe Saire, mais aussi l’Arsenic et Vidy, sert parfaitement la discipline. Et Pully encore, dont l’Octogone offre à des danseurs des résidences prisées. On pense moins à Vevey et c’est un tort. Grâce au Dansomètre, espace de création emmené par Jasmine Morand, et à l’Oriental, la danse bénéfice aussi de tremplins de prédilection. Les dernières Chorégraphiques qui, la semaine dernière, ont mêlé smartphone, bactéries et transe en sont la parfaite démonstration.

Tout commence dans le hall immaculé de l’Oriental. Une voix synthétique donne des consignes à cinq danseurs en combinaison et chacun applique l’injonction avec précision. Mouvements lents, au sol, type robot ou chansons: les automates s’exécutent au milieu du public sans perdre de leur concentration. Le public, justement, n’est pas étranger à cette partition qui, parfois, se déroule à l’unisson. Via une application téléchargée sur leur smartphone, les spectateurs activent des codes QR affichés sur les murs et dictent ainsi le contenu des séquences dont la musique, aléatoire, va du pop au classique. Signé Pascal Neyron et interprété par des diplômés du Ballet Junior de Genève, In Situ est ludique et montre les divers talents de cette nouvelle génération.

Bactéries et lumières

The Others a aussi une part ludique puisqu’il évoque les bactéries qui frétillent en nous. Antonin Rioche nous rappelle que 90% du corps humain est composé de cette population et que les bactéries sont capables de créer de la lumière lorsqu’elles prennent conscience les unes des autres. Sur scène, cette bioluminescence n’a rien de high-tech. Cheveu délié et chemise ample sur pantalon sombre, Florinda Camilleri, Kim Ceysens et Rosanne Briens semblent plus sorties d’une pièce de Pina Bausch que d’une perfo de Merce Cunningham. Leurs évolutions relèvent souvent de la ronde, du geste délié, de l’alliance fraternelle.

L’une des danseuses parle en anglais de cette vie intérieure et donne le top d’une chorégraphie qui inscrit ses lignes douces sur un contre-jour enchanteur. Antonin Rioche ne craint pas l’ampleur et sa proposition séduit par son unité de ton. Forte impression, dimanche.

Transe et cadence

Impact saisissant aussi avec The Gyre. Cette pièce de quarante minutes est facile à restituer, car, à l’exception des derniers instants, les danseurs Angela Rabaglio et Micaël Florentz tournent inlassablement l’un autour de l’autre au gré d’un double pas de valse dont l’intensité varie au fil du temps. D’abord sur un mode très ténu et dans une obscurité si soutenue qu’on les devine à peine. Puis de plus en plus éclairés et engagés physiquement, jusqu’à atteindre un balancement du corps vers l’avant. Mais toujours cette cadence de deux fois trois, cette marche perpétuelle qui ne s’arrête jamais. Un travail prenant, qui rappelle les transes de la Cie 7273 ou le très beau Motifs, pas de deux également vertigineux de Pierre Pontvianne et Marthe Krummenacher.

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