Exposition

A Vevey, le Musée Jenisch se penche sur les mille visages du dessin

Explorant ses collections, le Musée Jenisch illustre plus que des techniques, un art de la simplicité aux subtilités infinies

La légèreté. Peut-être, finalement, est-ce là une excellente manière de définir le dessin. Une expression légère, sur un support léger, avec des moyens aussi légers qu’un crayon, un morceau de charbon, un peu de terre ou même de la poussière. Alors qu’il expose des feuilles de ses vastes collections de dessins, qui se sont sensiblement enrichies au fil des dernières années pour atteindre le nombre de 10 000 pièces environ, le Musée Jenisch publie, en guise d’outil de compréhension et dans une certaine mesure de catalogue, un opuscule dédié aux techniques, sèches, le crayon, le pastel, le fusain, ou humides comme le lavis ou l’aquarelle. Un ouvrage de petit format à la couverture cartonnée, qui devrait justement séduire les amateurs de ce domaine intimiste, proche de l’univers du livre.

L’exposition se concentre sur les œuvres récemment acquises, reçues ou accueillies en dépôt, et sur la pratique du dessin, de la Renaissance jusqu’aux années 1950, puisque ensuite, explique Julie Enckell Julliard, qui a conçu l’accrochage en compagnie d’Emmanuelle Neukomm, les plasticiens contemporains ont réinventé le dessin dans sa relation aux autres disciplines et pour lui-même. Avec quelques exceptions: il aurait été dommage de laisser de côté la curieuse «Tête de bélier mort» de Tiepolo à la sanguine, entre autres. La directrice du Jenisch signe en introduction au catalogue d’exposition un texte très théorique qui offre un contrepoint à l’agrément des reproductions, toujours en couleurs, ne serait-ce que parce que le papier, surtout vieilli, arbore une infinité de nuances chromatiques.

Privilégier les petites nuances

Le vieillissement du support de papier, la nature et la qualité de celui-ci, les taches, déchirures et autres effets du temps, font en outre l’objet d’un court-métrage signé Lila Ribi. Qui évoque également l’historique du dessin lui-même, ainsi que les solutions les mieux à même de lui rendre «meilleure allure» sans attenter au flétrissement lié à son âge, voire aux tavelures sur sa peau. Les restaurateurs d’art Olivier Masson et Florence Darbre y évoquent leur métier, l’enquête qu’ils mènent au sujet des dessins plus ou moins malades qui leur sont confiés, leur manière de privilégier «les petites nuances» plutôt que «les grands effets».

Réparti selon les techniques utilisées par les peintres, et certaines parentés entre eux, comme l’amitié entre René Auberjonois et le jeune Balthus, l’accrochage inclut enfin des carnets d’artistes, si stimulants, pour leur diversité interne, la spontanéité qui caractérise les croquis dessins qu’ils renferment, leur côté secret aussi, qui évoque le journal intime. Ainsi sont présentés un magnifique cahier de Marie Laurencin fraîchement arrivé dans les collections, ainsi que l’ensemble de 24 carnets où Julien Renevier a esquissé des ciels, des montagnes, des personnages, tout un monde discret et bien rendu. Signalons le «Mur de Louis Soutter», qui retrace l’évolution de l’artiste au fil des ans, en passant par une parenthèse heureuse à Vevey même, et la «Salle noire», dédiée à ces médiums nocturnes que sont le fusain, la pierre noire, le crayon noir – une salle située aux antipodes de celle dédiée aux teintes douces du pastel.


«Rien que pour vos yeux. Les plus beaux dessins des collections». Musée Jenisch, Vevey, jusqu’au 26 février 2017. Ma-di 10h-18h (je 20h). www.museejenisch.ch

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