Sur les réseaux

«Vice-Versa», déconseillé aux plus de 12 ans?

Le tweet d’un journaliste fâche le Web: le succès du dernier dessin animé signé Pixar prouverait «l’infantilisation de notre société»

Un film fait débat depuis quelques jours dans les médias et la twittosphère: aller le voir ne serait peut-être pas sain. Violence, sujet polémique, scènes osées? Rien de tout cela. Il s’agit de Vice-Versa, le dernier film d’animation Pixar.

L’histoire est celle de la jeune Riley, 11 ans, qui vient de déménager dans une grande ville. La particularité, c’est que le spectateur va suivre son aventure en partie à travers ce qui se passe dans sa tête: cinq petits personnages (la Tristesse, la Peur, le Dégoût, la Colère et la Joie) y déclenchent ses émotions à l’aide d’une sorte de table de contrôle.

Comme souvent, l’âge des spectateurs pose problème, mais pas dans le sens habituel: on pourrait dans ce cas être «trop vieux» pour aller voir le film.

Cette idée saugrenue est partie d’un tweet: François Aubel, rédacteur en chef de la rubrique culture du quotidien français Le Figaro, s’est exprimé via le réseau social: «Sidéré par le nombre d’adultes, sans enfants, qui vont voir #ViceVersa. Infantilisation de notre société.»

François Aubel s’est mis la twittosphère à dos: les internautes sont très nombreux à avoir apprécié le film, qui connaît un grand succès en salles et dans les médias, et condamnent surtout la fermeture d’esprit du rédacteur en chef: Alexandre @Ar4kiel s’indigne: «Sidéré de voir un journaliste (rédac en chef culture Figaro) incapable apprécier un film d’animation. #ViceVersa.»

Les grands rient davantage

Une armada d’internautes se pose en défenseur de Vice-versa: les dessins animés ne sont pas destinés qu’aux enfants. Oui mais pourquoi? Sous un article de l’un des blogs du Monde intitulé «Vice-Versa: interdit aux adultes?», les explications fusent: «[…]Pixar, c’est des bijoux d’animations, et comme souvent, il y a plusieurs degrés de lectures.» Une autre lectrice ironise: «C’est vrai que les mangas et animés japonais sont faits pour les enfants». Ou encore: «Dans la salle, les adultes riaient bien plus souvent que les enfants… De nombreuses références sont inaccessibles aux «petits». De nos jours les (bons) dessins animés ne sont pas destinés qu’aux enfants, non. Et rappelons qu’ils sont réalisés… par des adultes!» Le Huffington Post propose même sur son site une série d’extraits de dessins animés qui prouvent qu’ils ne sont pas destinés qu’aux enfants.

Mais avec son tweet, François Aubel pose indirectement une question plus profonde: un film doit-il parfois se limiter à un seul public? Si oui, un adulte qui va voir Vice-Versa a des raisons d’avoir un peu honte. Un drôle de concept que@Alexis_B_D a traduit dans un tweet: «Bonjour, je cherche un enfant pour aller voir #ViceVersa sans être insulté par @francoisaubel – qui m’en prête un?»

Encore plus moqueur, Vehuiah commente sous l’article du Monde: «C’est sidérant. C’est comme tous ces hommes qui ont vu Le journal de Bridget Jones sans leurs femmes, ou ces femmes qui ont vu le dernier Terminator sans leurs maris (ou ces hétéros qui ont vu L’Inconnu du Lac, et ces homos qui ont vu Pretty Woman)… Moi ça me fout des frissons! On parle de la «gender theory», très bien, mais quid, dans le cas de Vice Versa de la «age theory»? Insouciançalisation de la société.»

Et ils assument

L’idée de catégoriser ainsi les films déplaît très manifestement. Comme pour tous les films, la Toile donne son avis: «#ViceVersa: très sympa. Je n’avais plus vu de Disney au cinéma depuis 2003.» ou «#ViceVersa: c’est bien la 1ère fois que je m’ennuie lors d’un dessin animé.» Des réactions plutôt banales, mais qui montrent que les adultes assument d’aller voir un film dit pour enfants. C’est même pour certains une raison de plus de l’apprécier, comme @melanana11: «#ViceVersa, Juste… Waouw! Retrouver son âme d’enfant et se rendre compte qu’on est adulte aussi!»