Edward Dmytryk, cinéaste américain très controversé pour son rôle dans la «chasse aux sorcières» anticommuniste dans les années 50, est mort à l'âge de 90 ans. Il était le réalisateur d'importants films hollywoodiens tels que Feux croisés, Ouragan sur le Caine et Le Bal des maudits. Sa femme, l'ancienne actrice Jean Porter, a révélé que, malade depuis un an, il a finalement succombé à une insuffisance rénale et cardiaque chez lui, dans la nuit de jeudi à vendredi.

Beaucoup de collègues et de critiques n'ont jamais pardonné à Dmytryk son choix de «donner des noms» en plein maccarthysme. Il est un jeune réalisateur en pleine ascension lorsqu'il adhère en 1945 au Parti communiste, pour quelques mois seulement, avant de refuser son dogmatisme. Deux ans plus tard, il sera convoqué devant le très redouté Comité des activités antiaméricaines de

la Chambre des représentants (HUAC). En compagnie de neuf scénaristes, il refuse de répondre aux questions sur la base du droit constitutionnel et est condamné à un an de détention.

A sa sortie de prison, sa carrière sérieusement compromise, Edward Dmytryk décide de témoigner. Dans son autobiographie, il expliquera ne pas l'avoir fait plus tôt «parce qu'on m'aurait traité de lâche; ils auraient dit que je le faisais simplement pour éviter la prison». Dans une deuxième vague d'interrogatoires, en 1951, il livre les noms de 26 collègues. «Je ne me suis pas senti coupable et je n'ai jamais regretté ce que j'ai fait», affirmera-t-il, rejoignant par là la position d'un Elia Kazan. «Quand je mourrai, je sais que les nécrologies commenceront par «un des dix indésirables d'Hollywood», et pas par «le réalisateur d'Ouragan sur le Caine», avait-il prédit, fataliste.

Né le 4 septembre 1908 de parents ukrainiens immigrés aux Etats-Unis, Edward Dmytryk a tourné avec les plus grandes stars d'Hollywood, de Humphrey Bogart à Marlon Brando. Entré à l'âge de 15 ans comme coursier à la Paramount, il fut de ceux qui gravirent tous les échelons avant de devenir monteur, puis réalisateur. Excellent technicien, il avouera lui-même n'avoir jamais été un intellectuel. A partir de 1935, il commence par tourner une vingtaine de séries B, puis se fait remarquer par un excellent polar d'après Raymond Chandler, Murder my Sweet (1945). Suivent une série de films plus «engagés», dont Feux croisés, avec Robert Ryan en psychopathe antisémite.

Inquiété par le maccarthysme, Dmytryk choisit d'abord de prendre le large et tourne en Angleterre le film social Give Us This Day, sur les travailleurs immigrés. Puis il retourne à Hollywood, pour le pire et pour le meilleur. Le meilleur, ce sera des films avec des grandes stars et des budgets importants, la plupart traitant de choix moraux complexes. Certains remarquables, comme Ouragan sur le Caine avec Bogart, The Young Lions (Le Bal des maudits), film de guerre avec Brando, et le western Warlock (L'Homme aux colts d'or) avec Henry Fonda. Il prend sa retraite à la fin des années 70, se consacrant alors à la rédaction de manuels sur la pratique du cinéma.