La pierre philosophale existe. Le soussigné l'a tenue, dans les jardins de la Cité-Bleue à Genève. Mieux, il l'a brandie, sous les yeux du sénéchal Keu, au cœur des Chevaliers, farce à tiroirs signée Philippe Cohen. Il a même lâché un «U» à fendre le ciel en pleine représentation. La raison de ce chant? La providence. En préambule, le public est invité à traverser, en petits groupes, un couloir obscur: un preux y déniaise le visiteur et désigne un élu, porteur de la pierre magique – le chroniqueur donc, travesti en spectateur. Le ton est donné: de Nicolas Haut à Gaspard Boesch, le Théâtre Confiture sait chauffer ses fidèles, nombreux l'autre soir. C'est ce qu'on appelle l'interactivité chez Christophe Dechavanne. La troupe en abuse, c'est pourtant la meilleure part d'un spectacle qui gâche une belle matière sur l'autel du calembour.

L'idée était séduisante: lancer la dixième saison du Théâtre Confiture avec Lancelot, Arthur, Merlin et Guenièvre. Ces héros ont souvent fait merveille, sur des champs héroïques ou comiques, de Chrétien de Troyes aux Monthy Python. Philippe Cohen avait déjà fait revivre leur lice en 1998 dans une première version des Chevaliers, il a souhaité remettre en selle la tribu. Les guerriers chevauchent donc leurs montures: des balais qui ruent, piaffent, s'ébrouent. Ils cavalent entre deux gradins et ces numéros sont parfois irrésistibles.

Comique de bric et de broc

Seulement, rhabiller Lancelot et Cie avec boîtes de conserve et enjoliveur en guise de bouclier ne suffit pas. Il faut une exigence comique pour être à la hauteur du sujet. Or la blague est tantôt trop molle, tantôt trop grasse et on se lasse. Des exemples: «Une foi inébranlable, c'est une foi qu'on ne peut pas branler.» Ou encore: «Il faut tourner sept fois son membre avant de le sortir», etc. Humour potache donc, jusqu'à l'overdose, à défaut d'un scénario haletant. Quatuor soudé sous la bannière du Théâtre Confiture, Gaspard Boesch, Sara Barberis, Brigitte Rosset et Philippe Cohen ont programmé neuf autres pièces (autant de reprises de succès) pour ce dixième anniversaire. Ils nous doivent une revanche.

Les Chevaliers, Genève, jardins de la Cité-Bleue, jusqu'au 10 septembre (loc. 022/839 21 02).