Par-delà la pluie de Victor del Arbol est un roman noir, très noir. Mais il n’est pas un polar bien qu’il mette en scène des policiers, plusieurs cadavres et qu’il soit publié dans la collection noire d’Actes Sud. Dans ce gros livre grouillant de vies entremêlées, l’auteur – né en 1968 à Barcelone – revendique donc une fois encore sa liberté face aux genres et aux catégories. Et une fois encore, il s’affiche en grand marionnettiste manipulant les ressorts de la fiction avec une habileté diabolique.

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Chez Victor del Arbol, en effet, tout se tient, résonne et s’imbrique comme dans un puzzle. Personnages et intrigue sont soigneusement réfléchis et conçus avant même que l’écrivain ne commence à écrire. Avec le risque toutefois que cet univers trop pensé ne devienne artificiel.

Deux héros sans père

De quoi s’agit-il? D’une fable. Une longue fable de quelque 450 pages, peuplée de nombreux personnages vivants ou morts, car les fantômes ont aussi le droit à la parole. L’histoire s’articule autour du destin croisé de deux septuagénaires, Helena et Miguel, qui, cabossés chacun par la vie, se rencontrent dans une maison de retraite à Tarifa, en Andalousie. Elle est fille de franquiste, lui fils de républicain. Son père à elle s’est enfui avec un autre homme. Le sien est mort alors qu’il travaillait comme prisonnier sur le sinistre chantier du Valle de los Caidos, gigantesque monument érigé par Franco. Nos deux héros ont grandi sans père auprès d’une mère devenue folle de chagrin. Mais cela, le lecteur ne le découvre que peu à peu, au fil des chapitres, qui nous emmènent de Séville à Malmö en passant par Barcelone et Madrid.

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Par-delà la pluie est un livre sur l’amour et la mort. Oui, dans cet ordre-là, car chez Victor del Arbol, les happy ends sont rares. S’y ajoute, obsédant, le thème de la mémoire et de l’oubli, Miguel étant atteint de la maladie d’Alzheimer. On retrouve aussi dans ce roman les obsessions qui sous-tendent les précédents: la violence arbitraire, les abus de pouvoir ou l’enfance maltraitée.

Bal de lucioles

Dans ce road movie qui tourne parfois au western et où les protagonistes n’hésitent pas à éliminer physiquement leurs adversaires, l’auteur ménage néanmoins des passages plus poétiques, de belles descriptions dont voici un exemple. En guise de conclusion. «Helena baissa la vitre et sentit l’air chaud de Madrid. Vue du taxi, la nuit ressemblait à un bal de lucioles. On ne notait ni les rides, ni les imperfections sur l’épiderme des rues. La réalité était suffisamment lointaine pour être ce qu’ils en attendaient.»


Roman
Victor del Arbol
Par-delà la pluie
Traduit de l’espagnol par Claude Bleton
Actes Sud, 448 p.