Victor Hugo en fait trop, il en dit trop, il montre trop, il parle trop, il écrit trop, il survit trop et il agit trop: bref, Hugo est «trop», c’est une hydre, un poulpe. C’est Michel Butor qui le dit en exergue de cette anthologie.

Et pourtant, ou à cause de cela même, il a élu Hugo un des «auteurs de ma vie», selon les critères de la nouvelle collection lancée par Buchet-Chastel: «compagnons de tous les jours, sources auxquelles on revient». Hugo, Michel Butor l’a fait aimer (et critiquer) avec passion et clarté à ses étudiants à l’Université de Genève. Dans cette anthologie, il a réuni par thèmes des pages moins connues, trouvées dans les vieux cartons du «grenier hugolien».

Concis et drôle

Il commence par la poésie, avec quand même une œuvre que des générations d’élèves ont aimée pour sa forme «crescendo-decrescendo», «Les djinns». Suit un long poème en prose, sur le cirque de Gavarnie. Chaque extrait est précédé d’un petit texte explicatif, concis, drôle, éclairant.

Hugo a expérimenté tous les genres: le théâtre, ici, est illustré par un passage burlesque de Mille francs de récompense. Pour le roman, Butor a choisi des «reliquats» sortis du grenier. C’est dans le reliquat aussi qu’il a trouvé quelques-uns des textes de critique.

Alentours submergés

Une personnalité comme celle de Victor Hugo déborde, submerge son entourage, c’est ce que Butor nomme les «alentours»: Victor Hugo raconté par sa fille Adèle, l’ombre de son père tenant la plume; les textes hugoliens «dictés» par le médium lors des séances de spiritisme; les «propos de table» recueillis par son secrétaire. Et enfin, dans une dernière partie illustrée, un pan essentiel de l’œuvre: les dessins, et leurs techniques variées, y compris les cadres fabriqués de la main de l’auteur. «Il finira par nous prendre toute la place», proteste Butor, qu’on sent subjugué par cette abondance. Dans la même collection, le Virgile de Giono se lit comme un roman d’amour au paysage méditerranéen.


Anthologie, Michel Butor, Hugo, Buchet-Chastel, coll. Les auteurs de ma vie, 166 p. ****

Lire également: