Sur les pointes

Victoria Vassos, danseuse de taille

La Suissesse de 22 ans vient de signer avec le prestigieux Ballet West de Salt Lake City. Le couronnement d’années de travail acharné pour cette danseuse de 1,80 mètre

Pour qui ne l’a pas vue sur scène, Victoria Vassos a la grâce d’un cygne, la souplesse d’une panthère et la légèreté d’une plume. Tellement qu’à 22 ans, la Tessinoise vient de signer un contrat avec le prestigieux Ballet West de Salt Lake City. Alors que le soleil se lève sur la capitale de l’Utah, à 10 000 kilomètres du sud des Alpes, son beau visage frais et lisse, les cheveux tirés en arrière, apparaît sur l’écran du téléphone dans le salon, chez les Vassos, où elle a grandi. Comme chaque fin d’après-midi à la même heure, elle appelle ses parents sur WhatsApp.

Depuis son logement d’une pièce, à deux pas des locaux de la compagnie, du théâtre où elle se produit et de la Main Street, elle se raconte. «Ces jours, pour les 110 ans des Ballets russes, nous répétons trois pièces de George Balanchine: Le Chant du rossignol, Apollo et Le Fils prodigue.» Un ballet écrit quand le chorégraphe avait 21 ans, jamais présenté aux Etats-Unis, précise-t-elle. Son entraînement peut durer jusqu’à huit heures par jour.

Le ballet classique n’est pas la chose la plus naturelle, admet-elle. «Nous pratiquons d’autres disciplines pour avoir la force de faire ce que nous faisons. Chacun a sa routine: gymnastique, pilates, yoga… Moi, je suis fan de gyrotonic.» La jeune femme parle de son expérience avec nonchalance, comme si de rien n’était, mais la sienne est une véritable conquête. Une danseuse de ballet classique de 1,80 m, c’est exceptionnel.

L’inspiration des ballerines russes sur YouTube

D’innombrables fois, on lui a dit qu’elle était très talentueuse, mais qu’on ne saurait pas où la placer. «Mon partenaire devrait mesurer 1,90 m – d’autant que je suis souvent sur les pointes –, c’est difficile à trouver. Et le corps de ballet doit être homogène, les autres danseuses sont généralement plus petites.» A Ballet West, on l’apprécie pour sa taille. Seulement, étant si longue, elle doit être très forte pour sauter et bouger aussi vite que des ballerines de 1,60 m.

Mais déjà à 8 ans, elle était décidée à faire de la danse classique sa vie. «Enfant, j’ai regardé beaucoup de vidéos sur YouTube de ballerines russes. Mon idole de toujours est Polina Seminova.» Une Moscovite, elle aussi considérée comme grande (1,74 m) dans l’univers conservateur du ballet. «Une référence pour moi.»

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A 14 ans, Victoria Vassos quitte la petite commune cossue d’Arbedo pour étudier à la Staatliche Ballettschule de Berlin. «Me séparer de ma famille, mon chat, mon chien, mes amis n’a pas été facile. C’était ma décision et je n’ai jamais eu de regret.» En 2012-2013, elle remporte la bourse Pour-cent culturel Migros avant de participer au Prix de Lausanne en 2015. Puis, elle prend un an pour passer des auditions, déménageant à New York où vit à l’époque sa sœur aînée, Ilectra, diplômée de la fameuse Martha Graham School of Contemporary Dance.

En 2016, elle se qualifie parmi les 12 finalistes au Youth American Grand Prix (YAGP), le plus grand concours international de danse pour jeunes talents. Adam Sklute, directeur du Ballet West la remarque et lui offre une bourse pour l’académie du ballet. Après six mois, elle est promue à la seconde compagnie du Ballet West et deux saisons plus tard, plus tôt cette année, à la première.

La pression et le rêve

Son but? Grandir avec la compagnie, éventuellement être soliste. «Comme toute ballerine, je rêverais d’un rôle principal, mais c’est encore tôt pour y penser.» Le talent et la technique ne suffisent pas, souligne-t-elle; il faut être déterminée à toujours s’améliorer. «On doit aussi savoir être artiste avec son propre corps, communiquer une histoire au public.» Quant à la concentration, s’adonnant à la danse classique depuis qu’elle a 4 ans, elle lui vient automatiquement.

Il y a toutefois des moments où elle se demande «Pourquoi?». «Mais je pense que cela arrive à tout le monde. S’il y a des douleurs ou des moments difficiles, j’apprends à travers ces expériences, elles me rendent plus forte et je vais de l’avant.» Elle espère danser le plus longtemps possible. «Certains dansent jusqu’à 40 ans, d’autres s’arrêtent plus tôt, c’est un choix très personnel.» Un éventuel plan B serait d’étudier la kinésiologie.

La danseuse possède un riche héritage culturel, maîtrisant l’italien, le grec, l’anglais, l’allemand et le dialecte tessinois. Son père, Christos, d’origine grecque, était thérapeute sportif pour le FC Lugano, avant d’enseigner l’éducation physique, comme l’a fait sa mère Tatiana, Tessinoise pure souche, qui a désormais quitté la pédagogie. «C’est sûr qu’on s’inquiète, reconnaît celle-ci, comme parents et à cause de la distance. Comment se sent-elle; comment se nourrit-elle; dort-elle assez? Pour nous, sa santé et, surtout, son état d’esprit sont fondamentaux.»

Nul doute, les Vassos sont fiers et heureux pour leur fille. Mais ils connaissent la partie immergée de l’iceberg, ajoute Christos Vassos; le travail acharné, les sacrifices, les blessures, l’énorme et constante pression physique et mentale qui pèse sur les danseurs… «Mais Vicky a fait ce choix. Une vie pas facile, mais riche, en communion avec l’art.»


Profil:

2001 Premier cours de ballet, à 4 ans, au Bellinzona Area Danza, sous l’égide de Mi Jung Manfrini-Capra.

2011 Elève de la Staatliche Ballettschule de Berlin, où elle obtient un diplôme de baccalauréat ès arts, avec mention ballet.

2015 Participe au Prix de Lausanne, l’événement le plus prestigieux pour les jeunes dans le monde du ballet.

2016 Finaliste du Youth American Grand Prix (YAGP). Grâce à une bourse d’étude, elle s’inscrit au Ballet West Academy Trainee Program de Salt Lake City (Utah).

2017 Entrée dans la seconde compagnie du Ballet West.

2018 Le Ballet West lui offre un contrat comme ballerine professionnelle pour la saison 2019/2020.

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