Il n’y a pas que la firme Abercrombie et Fitch à être la cible de tous les protestataires du monde lorsqu’elle restreint de ses assortiments les grandes tailles. Aujourd’hui, c’est au tour de Victoria’s Secret de raviver la fougue de nombreuses pétitionneuses en ligne. Qui poursuivent la marque de leur vindicte.

Mais d’abord, Victoria’s Secret? Pour celles et ceux qui ne sauraient pas encore, c’est une marque de lingerie américaine qui se taille, aux Etats-Unis, 35% de la part de marché du secteur lingerie fine. Et dont le site, très visité, ainsi que les boutiques et le catalogue, donnent des idées d’habillement à toutes les gammes de souhaits, voire de fantasmes, du string au cheekini, en passant par la guêpière ou le vaporeux baby-doll.

Bref: rien de ce qui est féminin n’est étranger à Victoria’s Secret.

Seulement voilà: sur son site très couru, les modèles de tailles «réalistes» ne pullulent pas. C’est bien ce que leur reproche la nuée de pétitions qui courent sur change.org, parmi les quelque 600 qui s’en prennent pour un prétexte ou un autre à Victoria’s Secret.

C’est que, escorté d’une telle notoriété, on peut penser que le site est un puissant vecteur d’influence auprès de générations et générations d’adolescentes, de jeunes adultes et de femmes dans toute leur plénitude. Nous plaçons dans cet ordre le public cible s’il faut en croire les statistiques de l’organisme de monitoring Alexa, qui nous apprend que c’est d’abord depuis les établissements scolaires, puis de la place de travail et enfin du domicile que l’on fourrage dans ses pages en ligne.

Parmi les pétitionnaires donc, l’Américaine Brittany Cordts s’insurge: «Chaque année, à l’heure où le défilé annuel de Victoria Secret approche, vous allez sans doute croiser sur les réseaux sociaux de nombreuses femmes qui vont témoigner de leur malaise face à leur propre corps…»

Et Brittany de s’étendre (chanson connue), sur les modèles extrêmement sveltes (euphémisme); sur le message adressé subliminalement par la marque en matière de silhouettes présentables. Elles oscilleraient entre les tailles (nous convertissons en valeurs européennes) 30 et 32…

L’attaque n’est pas très nouvelle, et revient chaque année comme un marronnier à l’orée des défilés.

Bien plus symptomatiques sont les commentaires des signataires, hommes et femmes.

Car, eux, ce n’est pas tant le combat idéologique qui les anime ni les envolées éthiques: mais bien la frustration très pragmatique rencontrée lorsqu’on ne trouve simplement pas, ni sur catalogue, ni dans les boutiques physiques, de pièces de vêtements à sa taille ou à celle de sa compagne.

Ainsi le cri de Robert Smith, à Houma, Los Angeles: s’il a signé, c’est parce qu’«il est marié à une belle et forte femme qui apprécierait d’avoir des soutiens-gorge à sa taille».

Ou Eileen Girmscheid, une 16-18 ans du Milwaukee, qui déclare regretter amèrement ne pas trouver dans les boutiques toutes ces fanfreluches sexy qu’elle rêverait de porter, mais en taille un rien plus large. Sans parler de cette vendeuse qui l’a traumatisée en lui annonçant que le soutien-gorge sur lequel elle avait pu mettre la main ne se ferait bientôt plus à ses contours.

Kayla Brown, de New York, va directement à l’essentiel: «Je ne veux pas être limitée.» Betsy Teague, de Woodstock, lui fait écho: «Je veux voir plus d’options de tailles chez Victoria’s Secret.» Quant à Samantha Armer, d’Alachua en Floride, elle désespère de ne trouver que des slips à sa mensuration dans tout l’assortiment: «BORING!!!».

Sous la pression de trois précédentes pétitionneuses, Victoria’s Secret avait lâché du mou en novembre 2014 concernant le wording d’une de ses campagnes de publicité. Remplaçant l’expression «The Perfect Body» par celui de «A Body for Every Body».

Gageons qu’avec son hégémonique 35% de part de marché et l’attrait quasi universel qu’elle exerce sur les esprits, il en faudra plus pour que la marque change sa politique d’assortiment. Quoi que: une autre pétitionneuse fait très capitalistiquement remarquer qu’il y a plus de 100 millions de femmes taille large aux Etats-Unis. Et qu’elles ont dépensé près de 17,5 milliards de dollars en vêtements. C’est ce qui s’appelle parler à l’EBITDA de la marque…