Musique

Videoclub, un amour d’ados version rétro

Adèle Castillon et Matthieu Reynaud ont tout juste 18 ans, sont amoureux et depuis quelques mois leur électro-pop eighties fait fureur sur la Toile et auprès des jeunes. Une douceur vintage à découvrir jeudi au Romandie de Lausanne

Un amour adolescent se vit toujours intensément, les sensations comme décuplées, indélébiles. Il y a cette saveur particulière, vanille-caramel; une odeur, entre le gloss à la cerise et les gaz d’un vélomoteur; et désormais un son: celui de Videoclub.

Tombées en désuétude, les boutiques de location de films donnent, et c’est un peu ironique, leur nom à un duo tout juste éclos. Adèle Castillon et Matthieu Reynaud ont à peine 18 ans, sont amoureux comme jamais et, ensemble, ils font de la musique. Une électro-pop mariant poésie passionnée et univers rétro, qui fait rêvasser les ados et s’enflammer la Toile.

Posté sur YouTube en septembre 2018, leur premier clip, Amour plastique, cumule aujourd’hui 22 millions de vues, et les suivants ne sont pas loin derrière. Alors qu’ils n’ont pas même publié leur premier album, prévu pour début 2019, les jeunes Nantais flottent déjà sur un nuage barbe à papa, et apprivoisent l’exercice de la tournée. Après un passage plutôt discret au Montreux Jazz cet été, ils investiront jeudi la scène du Romandie, à Lausanne.

Synthés et VHS

On attrape ces inséparables au bout du fil, entre deux répétitions. Se passant sagement la parole, légers mais mesurés, ils racontent la genèse de leur relation qui voyait déjà s’enchevêtrer musique et sentiments. «C’est un ami commun qui nous a présentés, commence Adèle. Matthieu composait déjà car il baignait dans cet univers, son papa est un ancien musicien.» «J’avais quelques instrus sous la main alors je les ai envoyées à Adèle pour l’impressionner, poursuit Matthieu, par ailleurs guitariste. Elle m’a dit qu’elle chantait et qu’elle pourrait mettre sa voix sur mes morceaux. C’est comme ça que l’idée de la collaboration est née: avec une technique de drague.»

Amour plastique prend forme par la suite. Contrairement au titre, pas d’artifices ici: plutôt une déclaration tendre et mélancolique sur fond de synthés minimalistes, le tout mixé par le père de Matthieu. Leur désinvolture rappelle Therapie Taxi, mais la patine est furieusement eighties. Un hommage musical à une décennie qu’ils n’ont pas connue mais dont ils sont pourtant nostalgiques – syndrome Stranger Things. «On n’a pas fait du rétro pour faire du rétro, précise Matthieu. C’est inspiré de ce qu’on écoute et ce qu’on aime.»

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En l’occurrence, The Cure ou The Smiths. Et dans un walkman, s’il vous plaît. Car au-delà des sonorités new wave, c’est toute l’esthétique de la période qui les séduit. «Le grain, les couleurs un peu jaunies, on trouve ça charmant, confirme Adèle. Matthieu a une télé cathodique et parfois on passe des soirées à regarder des cassettes dans sa chambre. VHS qui nous sont offertes par le propriétaire du vidéoclub devant lequel on a tourné le clip d’Amour plastique

Bataille de ketchup

Dans le clip, artisanal et dégoulinant de charme, ils arborent des t-shirts multicolores et, pour Matthieu, une coupe à la Leonardo DiCaprio, son idole ultime (enfin, dans sa version des années 1990). Rajoutez des baisers chastes et une bataille de ketchup, la sauce prend instantanément, et les maisons de disques se bousculent à leur porte. Adèle et Matthieu, la tête sur les épaules et bien entourés, préfèrent finalement monter leur propre label, distribué par Sony.

Si les Nantais apprennent petit à petit les règles de l’industrie musicale, ils sont déjà calés niveau réseaux sociaux, génération Z oblige. Adèle en particulier est omniprésente sur le web depuis ses 13 ans, où on la connaît principalement pour ses vidéos humoristiques (dont une mémorable dédiée à son amour pour les pâtes). Elle obtiendra même deux rôles au cinéma. Ses quelque 500 000 abonnés sur YouTube ont évidemment aidé à relayer les premiers pas de Videoclub, mais jamais le duo n’aurait imaginé une cyberovation pareille.

La première a depuis passé son bac, le second a laissé tomber les études, les parents sont d’accord. Ensemble, ils ont défini leur priorité. Deux titres de Videoclub suivront: Roi, comptine analogique où s’invite du spoken word façon Fauve, puis le pétillant En nuit en juin dernier, hymne à leur complicité. «J’aimerais chasser ta nostalgie/Relever ta tête, sois courageux/A deux, on est plus forts que l’ennui». «On assume ce côté naïf parce qu’il reflète ce qu’on vit, Adèle et moi.» Elle lui emboîte le pas: «On veut montrer la pureté des sentiments adolescents, le fait qu’on puisse se mettre à pleurer simplement parce qu’on est heureux de ce qu’on est en train de vivre.»

Entre candeur et espoirs, idylle et vague à l’âme, Videoclub fait naître, pour les yeux et les oreilles, un kaléidoscope d’émotions. Une douceur vintage dans laquelle on se replonge comme dans un film longtemps oublié.


Videoclub en concert au Romandie, Lausanne. Jeudi 21 à 20h30.

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