Théâtre

A Vidy, Augustin Rebetez signe un sabbat sans tremblement

Pour sa première mise en scène, le plasticien jurassien déroule son univers hanté sur un plateau. Malgré un excellent travail sonore et un visuel fort, le spectacle ne décolle pas

Le choc des visions, le poids des sensations. Il faut courir au Théâtre Vidy-Lausanne pour y découvrir le foyer métamorphosé en bal tribal par un artiste total. Né en 1986 à Mervelier, dans le canton du Jura, Augustin Rebetez est photographe et plasticien. Il est surtout démiurge, inventeur d'un monde à lui, vaste sabbat où les coeurs séparés en deux pointent vers le ciel et les gnomes à antennes montrent les dents. Pour la première fois, le prolifique créateur romand signe un spectacle, "Rentrer au volcan". De la rage, des images, du son -très bon et des contorsions. Malheureusement, au fil de la représentation, cette production perd la puissance de son paysage. 

Josef Nadj pour le côté suranné de l'ambiance visuelle. Jan Fabre pour le tumulte des âmes et la provocation sensuelle. Cisco Aznar pour l'imaginaire en cavale -ces têtes de cheval qui fixent le public et discourent dans une langue hermétique. Et puis, parce qu'on ne peut pas ne pas y penser, Jean Tinguely pour ces machines insensées et magnifiques qui produisent de la musique ou des écrits. Face à Rentrer au Volcan, les parentés fleurissent et sont flatteuses. Il faudrait d'ailleurs aussi trouver dans le rock dark et psychédélique ou le punk, des parrains de référence. Car les compositions musicales de Charlie Bernath et Louis Jucker, passant des riffs les plus furieux aux sonorités les plus subtiles, se distinguent par leur inventivité et leur sensibilité.

Séquences surréalistes

Les images se distinguent également, mais elles ne tardent pas à s'épuiser. Sans doute parce que la dramaturgie est absente de ce spectacle composé de séquences surréalistes mises bout-à-bout sans souci du tout. Le Théâtre du Radeau, merveille de François Tanguy, propose aussi des spectacles tissés de moments poétiques dont le sens général reste souvent opaque, mais la beauté du trait, la profondeur de la charge et la qualité des comédiens permet de se faire un parcours privé. Dans "Rentrer au volcan", l'affaire est plus trash, plus bricolée, proche de l'art brut et du théâtre de rue. Du coup, passé la surprise de cet univers, on soupire devant ce spectacle qui se répète sans se réinventer.

Que voit-on? Des êtres étranges, mi-hommes, mi-animaux, aux masques spectaculaires, se contorsionner dans une ambiance crépusculaire sur des embarcations mobiles -chaire de prêcheur, escalier aux mille sortilèges, panneaux percés de portes. Ils crachent du goudron, déchirent des feuillets, écrivent frénétiquement des messages qui paraissent urgents… On sent bien une envie de dire, mais on ne saisit pas quoi. Et surtout, au troisième passage de la danseuse (Iona Kewney), certes souple, mais plus frénétique qu'expressive, on se souvient à quel point le mouvement pour le mouvement est désespérant…

Sur les murs qui mènent à la salle du spectacle, totalement repeints par le plasticien, il est écrit en anglais, entre autres déclarations: «nous voulons envoyer de petits tremblements de terre dans vos corps». Dans "Rentrer au volcan", on a vu des images singulières, on a entendu un son passionnant, mais on attend le tremblement.

Rentrer au volcan, jusqu'au 11 déc., à Vidy-Lausanne, 021 619 45 45, www.vidy.ch

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