Entre les tracas du jour et les soucis du lendemain, Les Dimanches de la vie offrent une pause. Une agréable soirée à passer, malgré quelques gaucheries dans les mouvements chorégraphiques. Malgré quelques lourdeurs aussi dans les adresses au public qui tirent le spectacle vers un didactisme scolaire. Confiante dans les forces de l'esprit et plus encore dans celles du cœur, le metteur en scène Anne-Marie Delbart a conçu ces Dimanches en tressant mots d'auteurs et romances de chanteurs. Un peu à la manière de ce qu'elle avait fait l'an dernier dans son spectacle Les Perdants magnifiques. Sous le chapiteau de Vidy, musique et théâtre se donnent donc la main dans une sarabande qui empoigne les corps de trois comédiennes (Heidi Kipfer, Marie Perny et Anne-Marie Yerli) saisies par une gaieté qu'affichent trois musiciens (François Allaz, Lee Maddeford et Daniel Perrin).

De Hubert Reeves à Henri Salvador

Un peu de poésie chez les dames et une légère arrogance chez les hommes, et c'est parti pour soixante minutes placées sous le signe d'une simplicité bon enfant. Histoire de dire que le théâtre est là pour caracoler plutôt que pour réfléchir. Quoique… Car il y a dans le spectacle une touche décalée et parodique qui emprunte à la littérature sa philosophie de vie, à la science ses raisonnements imparables, au cabaret son humour de chansonniers et au music-hall ses froufrous et ses plumes. Hubert Reeves, Peter Handke et Roland Dubillard (entre autres) côtoient, dans une fraternité goguenarde, Charles Trenet, Bourvil ou Henri Salvador.

Quand les textes deviennent amers, les chansons viennent à leur rescousse. Elles chargent d'allégresse la pensée parfois désabusée de certains écrivains. Pour donner à la soirée un côté bulle de champagne, les artifices de la fête ont été déployés. Nœud papillon et smoking pour les hommes, paillettes et strass pour les femmes. Même le plateau s'y est mis. Le sol a revêtu son tapis rouge et le ciel a pris les couleurs d'une nuit étoilée, avec un croissant de lune à fendre le cœur de tous les Pierrot. Epicure n'est pas loin. D'ailleurs Anne-Marie Delbart le cite: «A partir du moment où l'on cesse d'avoir peur de ne plus vivre, il n'y a plus rien d'effrayant dans le fait de vivre.»

«Les Dimanches de la vie». Lausanne, Théâtre de Vidy; jusqu'au 25 février. Loc. 021/619 45 45.