Cinéma

«Ma vie de courgette», un long métrage d'animation romand sous les projecteurs du Festival de Cannes

Deuxième long métrage d'animation de l'histoire du cinéma suisse, le film du Valaisan Claude Barras sera dévoilé dans le cadre de la prestigieuse Quinzaine des réalisateurs

De la première impulsion à la fin de la post-production, Claude Barras aura travaillé près de dix ans sur «Ma vie de courgette». Alors forcément, lorsqu'en novembre dernier il a achevé son film, il a ressenti comme un grand vide. Qu'il a alors comblé en commençant à développer un nouveau projet de long métrage. Mais aujourd'hui, place à l'excitation: son film a attiré l'attention de la Quinzaine des réalisateurs, section parallèle du Festival de Cannes, qui va le projeter en première mondiale dans un mois, selon la sélection annoncée ce mardi matin. Un événement de taille pour un film très attendu, adapté du livre «Autobiographie d'une courgette» (2002), dans lequel Gilles Paris raconte le destin d'un jeune garçon de 9 ans placé dans un foyer pour enfants.

Vitrine internationale

Du côté de la société genevoise Rita Productions, Max Karli, producteur délégué du film avec son associée Pauline Gygax, est comblé. Dévoiler «Ma vie de courgette» à la Quinzaine des réalisateurs, c'était en effet son but avoué. Un moyen d'offrir à l'œuvre de Claude Barras une belle vitrine internationale, et d'insister sur un point: «On voulait que ce film soit justement considéré et traité comme un vrai film, et pas simplement comme un long métrage d'animation. Même s'il a été tourné en stop motion (technique d'animation image par image, ndlr), il y a derrière de vraies personnes qui ont fait bouger les marionnettes, de même que les voix ont été enregistrées en situation.»

Lorsqu'on entend long métrage d'animation suisse, on pense forcément à l'aventure «Max & Co», des Fribourgeois Samuel et Frédéric Guillaume, qui en 2008 avait conduit à la faillite de deux maisons de production, après avoir attiré dans les salles helvétiques quelque 32'000 spectateurs, alors que les producteurs en espéraient plus de 100'000. Mais le film avait coûté 30 millions de francs, contre 8,2 millions pour «Ma vie de courgette». Un budget extrêmement modeste, ce qui est en partie dû à la fabrication de marionnettes relativement simples mais extrêmement expressives, permettant aux animateurs de les manipuler facilement. A titre de comparaison Tim Burton avait réalisé «Les Noces funèbres» (2005), également en animation image par image, pour 40 millions de dollars.

Musique signée Sophie Hunger

Claude Barras explique avoir découvert le livre de Gilles Paris grâce à son complice Cédric Louis, avec lequel il a signé plusieurs courts métrages animés, dont l'acclamé «Banquise» (2005), qui avait lui aussi été montré à Cannes avant d'être projeté dans près de trente festival à travers le monde. Après un premier traitement, le scénario de «Ma vie de courgette» a été écrit par la Française Céline Sciamma («Tomboy», «Bande de filles»). Le tournage s'est finalement étalé, à Lyon, sur neuf mois. Cinquante animateurs répartis sur dix plateaux ont permis à Claude Barras de mettre en boîte 40 secondes d'images par jour. Un travail de longue haleine pour un film qui peut également compter sur une bande originale de la Bernoise Sophie Hunger pour briller sur la Croisette.

C'est une histoire très dure, assez noire au début, mais peu à peu la tendresse s'instille dans ce film très poétique et très drôle.

Pilotée par Edouard Waintrop, également directeur des Cinémas du Grütli, à Genève, la Quinzaine des réalisateurs est devenue l'une des sections les plus en vue du festival de Cannes. C'est également la seule qui soit ouverte au public. L'an dernier, elle a révélé deux films – «Fatima» et «Mustang» – qui ont par la suite connu de beaux destins critiques avant d'être tous deux récompensés aux Césars. «Ça a été une très grosse surprise de découvrir ce premier film, a commenté Edouard Waintrop en conférence de presse. C'est une histoire très dure, assez noire au début, mais peu à peu la tendresse s'instille dans ce film très poétique et très drôle, mais qui n'est pas forcément pour les plus jeunes. J'ai beaucoup pleuré.» Cette année, la Quinzaine présentera notamment, aux côtés de «Ma vie de courgette», les nouveaux films de Joachim Lafosse («L'économie du couple»), Paolo Virzi («La pazza gioia») ou encore Paul Schrader («Dog Eat Dog»).

Programme complet de la Quinzaine des réalisateurs sur www.quinzaine-realisateurs.com

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