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La vie, cruelle et belle, saisie par un Russe iconoclaste

Condamné à la clandestinité puis à l’exil par le régime soviétique, Vladimir Maramzine est peu connu du public francophone. Les Editions Noir sur Blanc le mettent à l’honneur à travers un recueil de ses nouvelles, condensé de sensibilité et d’ironie

Né en 1934 à Leningrad, Vladimir Maramzine devient dans les années 1960 une figure du samizdat, l’édition clandestine. Arrêté en 1974 pour ses activités littéraires, il obtient une condamnation avec sursis s’il quitte l’URSS. Il s’installe alors à Paris, où il vit toujours.

Le seul texte de Maramzine traduit en français jusqu’ici date de 1982, Moi, avec une gifle dans la main (Luneau Ascot). Les éditions Noir sur Blanc remettent cet auteur en lumière avec Un tramway long comme la vie. Et quel auteur! On y retrouve une grande sensibilité mêlée d’ironie ainsi qu’un certain penchant pour l’absurde. Comme l’explique Leonid Heller dans la préface, Vladimir Maramzine fait partie, avec Daniil Harms, de la grande famille des auteurs soviétiques non conformistes.

Un chat pour l’exemple

Le chat décrit le quotidien d’un enfant vivant avec sa grand-mère durant la Seconde Guerre mondiale. La nourriture se fait rare et la babouchka, vue par l’enfant comme un être supérieur, plein de bonté et de sagesse, ordonne au petit d’attraper Vassia, le chat du village. Le garçon parvient à saisir l’animal, que la grand-mère assomme et fourre dans un sac de pommes de terre. «Mon garçon, dit[-elle] d’une voix ferme et décidée. Il va pourtant bien falloir qu’on le tue.» Après le meurtre du chat, le narrateur note que la «plupart des assassins ont été élevés par leur grand-mère».

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Le dernier récit qui donne son titre au recueil, Un tramway long comme la vie, est plus ample. A la fois «cantine sur roues» et espace de séduction, l’essentiel de la trame se déroule dans le tram de Leningrad. Les trajets s’articulent comme une métaphore de la vie qui passe et dont il faut saisir la beauté. L’œil de Maramzine nous invite à regarder par la fenêtre du tramway en marche «où voguaient de petits nuages doublés de gris qui apparaissaient et disparaissaient derrière les maisons plus ou moins hautes contre lesquelles le bruit du tramway était renvoyé en émettant chaque fois une note différente – le tramway jouait de la rue comme d’un instrument de musique».


Nouvelles


Vladimir Maramzine

«Un tramway long comme la vie»

Traduction du russe d’Anne-Marie Tatsis-Botton

Noir sur Blanc, 162 p.

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