Scènes

La vie d’un segundo en riant

Dans son solo, Carlos Henriquez évoque ses doubles origines suisses alémaniques et espagnoles. Et le mélange réjouit le public

Ce n’est pas une bête de scène, plutôt un père tranquille. A cet égard, Carlos Henriquez se distingue des adeptes du stand-up. Mais la force de Segundos, vu dimanche au CPO d’Ouchy, c’est l’art du récit. Le jeune quinquagénaire raconte avec juste ce qu’il faut de piquant et de poésie son enfance et son adolescence à Bienne dans les années 1970, à cheval entre ses origines suisses alémaniques du côté de sa mère et espagnoles du côté de son père. Un mélange explosif, d’autant que le garçon grandit dans la partie francophone de Bienne et doit sans cesse se renier pour ne pas attirer les foudres de ses amis. Le public rit beaucoup à l’évocation de ses aventures qu’on sent partagées par de nombreux spectateurs. A voir encore le 12 octobre à La Neuveville.

D’un côté, les röstis, de l’autre, la tortilla. D’un côté, le yodel, de l’autre le flamenco. Alors que les parents de Carlos savent d’où ils viennent, leur fils se sent déraciné. Mais pas question de faire de cette identité une lamentation. A part un écart où, tout petit, il rejoint une manifestation anti-franquiste et crie à tue-tête «Franco es un asesino», le jeune écolier se distingue plutôt par sa docilité et son sens de l’observation.

La voiture enfumée et le chorizo

Ce qui nous vaut des descriptions cocasses de la voiture enfumée qui circule toutes fenêtres fermées «pour que les enfants n’attrapent surtout pas un rhume»… Ou de la manière musclée avec laquelle la douce Trudi, sa maman, tue les truites de l’aquarium trônant dans l’épicerie. Carlos évoque aussi la télé sans cesse allumée qui ne dérange pas le dialogue familial puisque chacun parle plus fort que le poste ou son père qui insulte tellement l’arbitre italien qu’il écope d’un carton rouge et doit quitter le terrain!

Grâce à ce solo plein de poésie, on découvre encore comment les parents de Carlos sont devenus les rois du chorizo en montant leur propre fabrique. Carlos a alors 14 ans et consacre ses après-midi à ficeler les saucissons. Aujourd’hui, l’homme mûr salue ses géniteurs pour leur courage entrepreneurial. De même qu’il salue sa mère d’avoir osé épouser un Espagnol alors qu’elle était issue d’un petit village lucernois qui se fâchait déjà avec le village voisin… On est touché enfin par la sagacité des portraits des anciens. Son abuelo des Canaries qui emballait ses meubles dans du plastique pour ne pas les user. Ou sa Grossmutti lucernoise qui a permis à Carlos de connaître les joies de la ferme, entre les chiens et la kyrielle de cousins. Au total, une traversée de vie pleine de tendresse et d'effets miroirs hilarants pour des générations de «segundos».


Segundos, 12 octobre, Café-Théâtre de la Tour de Rive, La Neuveville.

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