«Il a traversé les modes sans se perdre, privilégiant l'amitié aux intérêts, la fidélité aux calculs, la discrétion aux paillettes. Il a connu la gloire sans l'avoir jamais cherchée.» Au mot près, la description pourrait coller à l'hagiographie de Françoise Hardy. Sauf qu'elle s'applique au compagnon de route depuis 1967 et épousé en 1981, l'inénarrable Jacques Dutronc.

Une «énigme» qu'a tenté de percer le romancier Michel Leydier au fil de Dutronc, la Bio, et qui s'appréhende par un découpage par époques et des anecdotes à foison. Grâce à une dizaine de témoignages, à la complicité d'un Dutronc pas avare de formules à la Audiard, il retrace dans ce «roman-quête» six décennies sans chercher à apporter de réponses définitives. Son été 2003 passé dans la demeure-refuge corse de Dutronc, sur les hauteurs de Monticello, lui ayant enseigné les lois de l'apprivoisement et de la non-précipitation. Ces points de suspension laissent une agréable zone d'ombre autour du chanteur d'«Il est cinq heures, Paris s'éveille».

Dutronc, souvent malade et surprotégé durant son enfance et adolescence, n'a déjà pas «une estime très développée de sa personne». Cela nourrira ses vannes, ses airs de désenchanté chronique. Aux études, il préférera le pinceau, puis le médiator et sa guitare, sa bande du square de la Trinité à Paris. C'est peut-être là que s'est joué son destin musical, bien avant une succession de hasards et de rencontres déterminantes. Avant aussi son parcours accidentel d'acteur. Mais avec pareille belle gueule et bagout, c'était écrit. Son père, fan de jazz qui joue dans des bals le week-end pour arrondir les fins de mois, jure ne pas l'avoir encouragé.

Dutronc, la bio. Par Michel Leydier (Seuil).