Biographie

Vie et mort 
d’un écrivain pédophile

Gilles Sebhan consacre une biographie à Tony Duvert, un écrivain en vogue dans les années 1970 et 1980, d’autant mieux oublié aujourd’hui qu’il célèbre la pédophilie

Gilles Sebhan consacre une biographie à Tony Duvert, écrivain en vogue dans les années 1970, d’autant mieux oublié qu’il célèbre la pédophilie

Disparu en 2008, Tony Duvert était un pédophile assumé, livré à sa passion qu’il considérait comme une chose naturelle que seule la société, et surtout les mères, objet de sa détestation, l’empêchaient d’assouvir en toute quiétude. Mais c’était encore un écrivain à la plume élégante qui a connu son heure de gloire dans les années 1970 et 1980 avec des livres à forte teneur autobiographique dont la pédophilie et l’homosexualité étaient les thèmes obsessionnels.

Rêverie autour d’un bordel de jeunes garçons, Paysage de fantaisie, son cinquième roman, est couronné par le Prix Médicis en 1973. Quand mourut Jonathan (1978) «évoque, peut-être pour la première fois de manière si intime, la relation d’un homme et d’un enfant», écrit Gilles Sebhan. Et de préciser qu’avec «les arrangements d’usage», Duvert raconte une histoire vécue avec un enfant de 8 ans. Tony Duvert vend peu mais rencontre un certain succès critique. Son éditeur Jérôme Lindon (Editions de Minuit) lui confie la direction de la toute nouvelle revue littéraire Minuit.


Gilles Sebhan s’aventure avec un certain courage sur les pas de ce personnage peu reluisantet au caractère difficile qui le fait se brouiller avec ses soutiens, Roland Barthes en tête. Sebhan lui a déjà consacré un livre paru en 2010, Tony Duvert. L’enfant silencieux (Denoël). Retour à Duvert regorge de témoignages (d’Alain Duvert, frère de l’écrivain, de son ami journaliste Jean-Pierre Tison, du philosophe René Schérer) et de citations.


Tony Duvert n’apparaît pas pour autant sous un jour meilleur et les efforts de l’auteur pour se tenir à bonne distance, entre effarement et admiration, n’empêchent pas le malaise. On sent bien que Duvert ne fascine pas seulement Sebhan parce qu’il le considère comme un grand écrivain. C’est que Sebhan lui-même n’est pas un écrivain de tout repos au chapitre de la sexualité. Dans Fête des pères (2008), le narrateur est un tueur en série jouissant de ses proies, qui sont toujours des jeunes gens. Haut Risque évoque la relation amoureuse d’un professeur de collège avec l’un de ses élèves.


L’intérêt de cette honnête biographie tient au formidable décalage du regard entre les années de l’après 68 et les années actuelles. Tony Duvert avait pris le train des revendications homosexuelles et s’agitait dans le petit compartiment «pédophilie». Il la célébrait dans ses romans, la prêchait dans Gai Pied comme dans certaines interviews complaisantes. On ne le laisserait pas tant dire en 2015. La pathétique radicalité de Duvert lui confère une aura de malédiction qui, de leur temps, n’a pas effleuré d’autres amateurs de très jeunes gens, certes plus éclectiques, comme André Gide, Henry de Montherlant ou encore Roger Peyrefitte


Devenu inaudible et infréquentable, Tony Duvert se repliera dans sa cinquantième année chez sa mère abhorrée… Il vivra toujours plus en reclus. En août 2008, Tony Duvert est retrouvé mort dans son lit, un mois après son décès. Il avait 63 ans et n’avait plus rien publié depuis près de vingt ans. 

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