Deux espaces d'expositions plus ou moins nomades se sont installés, pour un bout de temps, dans une ancienne menuiserie, qui leur donne son cachet de bois: odeurs et aspect chaleureux. Attitudes accueille un artiste allemand, Jochem Hendricks, dont l'exposition semi-virtuelle n'est pas sans présenter des points communs avec celle des deux plasticiens qui investissent Mire, Michel Blazy et Hugues Reip.

Ceux-ci, travaillant ensemble pour la première fois, ont concocté une œuvre «totale» où l'éclairage extrêmement subtil dû à Hugues Reip met en valeur les pièces vivantes cultivées par Michel Blazy. Vivantes, donc bientôt mortes: bulbes en train de germer, purée de carottes en passe de se dégrader, tomates en suspension entre terre et ciel, paroi badigeonnée d'un mélange de ketchup, lait et farine.

Rien de gratuit, tant l'ensemble est charmant. L'environnement tout boisé participe de cette mise en scène de la vie, assaisonnée d'un doux parfum de mort. Les galeristes se voient confier la tâche d'entretenir ce petit jardin des délices, voire de le vendre à qui veut. Mais qui voudrait de telles œuvres? Quiconque accepterait d'acquérir un concept, une œuvre de collection à renouveler sans cesse et sans fatigue. Quiconque s'avouerait sensible au mouvement des êtres et des choses, au mystère de ce mouvement perpétuel.

Un portfolio n'en sera pas moins réalisé, photographies de tel amoncellement de ouate, nid de champignons ou autres microbes, de ce paysage de moisissures, de cette fève de Soisson emprisonnée dans une ampoule, éclairée du dedans, celle-ci, par une autre minuscule ampoule. Petite lumière… Hugues Reip, scénographe, aime les petites lumières qui dessinent poétiquement l'orbe d'une lune, l'œil d'une étoile. Même si en l'occurrence son talent est mis au service d'une prolifération finalement malsaine, mais si belle! Une formule de Hervé Gauville, dans le fascicule qui accompagne l'exposition, résume joliment le propos: «L'art est contaminé par le virus de la vie.» L'art doit signifier la vie, d'une manière ou d'une autre; ici, la manière est littérale, en guise de démonstration pour un art vivant, à l'heure des abstractions.

Vie aussi chez Jochem Hendricks. Mais elle est ici mise en boîte, avec humour et ironie. Une gigantesque fiasque contient des litres de Larmes. Une valise, pleine à ras bords, l'est de coupures, réduites à l'état de papillotes (1 million DM). Un sac de plastique transparent révèle toute une chambre (confettis de draps de lit et de duvet, de pages de livres, de lames de parquet, etc.). Enfin, des bonbonnières géantes contiennent, réduits en poudre, ici des comprimés de Calmant, là des comprimés de Tranquillisant. Tout l'arsenal indispensable au quotidien de l'homme civilisé.

Michel Blazy/Hugues Reip: Bulb. Mire,

av. Rosemont 5, Genève, me-sa 16-19 h.;

jusqu'au 2 mai. Jochem Hendricks. Attitudes, même adresse, me-sa 15-19 h. Jusqu'au 18 avr.