Roman

La vie en ruban rose selon Cédric Duroux

Un premier roman aux airs de conte gay où les loups sont gentils

Pour son premier roman, Cédric Duroux s’exerce à la taxinomie des «animaux sentimentaux» et dresse un «guide international du pédé»: au Slide, une boîte gay, David et Lily repèrent un Peter Paon, un Maxou Minou, un Quentin Requin, un Pascal Cheval, des Pédés Punaises qui vivent en groupe, toutes espèces précisément caractérisées.

Boucliers

Une semaine dans la vie de jeunes homosexuels lyonnais, des étudiants qui couleraient des jours insouciants n’étaient quelques spectres qui jettent leur ombre sur la fête perpétuelle. La peur du HIV, d’abord, la honte du test, la crainte du résultat; la difficulté du coming out familial, ensuite; les manifestations d’homophobie, plutôt rares dans un monde globalement indifférent. David se fait quand même égratigner par le poignard d’un voyou énervé, mais heureusement, dans sa poche, un volume des Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin joue le bouclier. Nous sommes dans un pays où même «the wolves are kind», comme il est chanté sur la bande-son du roman (lesanimauxsentimentaux.com).

Le récit suit quelques-uns de ces animaux pendant quelques jours: il y a Olivier, qui prépare une thèse sur Cesare Lombroso, théoricien des «races», tente de dominer ses TOC, fantasme sur une éventuelle contamination et tombe amoureux sur Internet d’un type qui refuse de montrer son image. Et Sam, qui s’est inventé un compagnon invisible et rassurant, Anthony, pour se donner le courage d’informer sa famille et de chanter à l’enterrement du grand-père. David, le grand ami de la charmante Lily, de l’espèce «fille à pédé», qui passe à Londres un séjour de rêve, en compagnie de Sam (et d’Antony).

Lapin blanc

Tout semble léger, et pour entrer au Slide, ce lieu de plaisirs, on glisse, telle Alice, dans un boyau vertigineux, d’ailleurs le lapin blanc vient de passer. Rien n’est bien réel, ni les chevaliers qui cavalent dans l’imaginaire de Sam, ni le bébé de Lily, ni les amours virtuelles. Pas de soucis d’argent ou de travail. Et quand ça devient hot, on parle en anglais (ce qui peut poser problème au lecteur: les dialogues in english sont nombreux).

A la fin, tout le monde est content. Cédric Duroux n’est pas Jean Genet ni Fassbinder, son univers est bienveillant. Ses animaux forment une famille d’élection, un refuge affectueux. On peut lire leurs aventures comme une étude d’ethnologie participante, parfois un peu didactique, sur de très gentils sauvages.


Cédric Duroux, Les Animaux sentimentaux, Buchet-Chastel, 372 p.

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