Scènes

Vieillir au théâtre? Une malédiction!

Daniel Vouillamoz est un drôle. Mais ici, dans «Un métier de rêve», sa satire des vieux comédiens est plutôt sinistre. Au Théâtre du Grütli, à Genève, on rit quand même, mais un peu jaune

Ouch. Vieillir n’est facile pour personne, mais, visiblement, c’est encore plus dur pour les comédiens (romands?). C’est ce que laisse entendre Daniel Vouillamoz, auteur et metteur en scène d’Un métier de rêve, chronique douce-amère, surtout amère, à découvrir au Théâtre du Grütli, à Genève. On y voit des acteurs, en exercice ou retirés, auxquels un ancien compagnon demande de retravailler ensemble en guise de dernière volonté. Il s’appelle Pierre Debout, s’est suicidé après une carrière maussade et passe sa commande par notaire interposé.

C’est malin, bien écrit, mais totalement déprimant. Déjà parce que le propos est désenchanté, façon «le bon théâtre est mort». Surtout, parce que le jeu sent la naphtaline et souffre d’un tel manque de rythme que le pamphlet perd vite de sa vitalité.

Du punk ou du contemporain à la petite semaine

On ne les voit plus trop sur les plateaux, Florence Budaï, Jef Saintmartin ou la très humaine metteuse en scène Valentine Sergo. Ils se sont faits rares, ces dernières années, et il n’est pas sûr que leur participation à cette création leur donne une nouvelle impulsion…

Comment dire? On a une immense sympathie pour cette bande d’amis qui se sont connus il y a plus de trente ans. Lorsqu’ils apparaissent jeunes et magnifiques sur des photos projetées sur le mur du fond, on imagine à quel point, alors, ils brûlaient d’un feu joyeux. Et on comprend la nostalgie de ce temps incandescent. D’autant plus que, depuis, dit l’auteur, le théâtre fait du punk ou du contemporain à la petite semaine et se voit colonisé par des metteurs en scène aussi pathétiques qu’alcoolisés…

Cette satire du milieu théâtral est drôle par moments, surtout quand Frédéric Polier, directeur du Grütli, compose ce maître d’œuvre qui, selon les étapes de travail, dirige au vin blanc, au vin rouge ou à la bière. Sa répétition foutraque du Misanthrope avec Michel Favre et Valentine Sergo en Alceste et Célimène emperruqués constitue une des belles séquences de la soirée. Les scènes de ménage hystériques sont elles aussi drolatiques et le couple que composent un Christian Gregori désabusé et la très convaincante Danae Dario amène du glamour à l’argument.

Dalida liftée

Mais on soupire souvent. Car, même s’il est savamment dosé entre critique et autocritique, le texte ne sort pas de cette rengaine usée qui veut que le théâtre ait perdu son âme et ne soit aujourd’hui bon qu’à nourrir des ego fatigués. Ce refrain, déprimant, est injuste face à la vigueur de cet art qui ne cesse de se renouveler.

Heureusement, en marge de la réalisation de ce spectacle hommage dont personne ne se soucie vraiment, Daniel Vouillamoz montre un couple de petits vieux obsédés par la vie éternelle et le rajeunissement. Kathia Marquis est hilarante en Dalida liftée, mais la perle, c’est Christian Robert-Charrue dans un personnage hors sol qui, par amour pour sa diva, souhaite arrêter le temps. Lorsque cette figure lunaire tente de ranimer une branche morte en lui chantant une chanson d’Edith Piaf, on sort de la sinistrose et on se dit que Daniel Vouillamoz a trop de poésie et de malice en lui pour se contenter de cette satire morne comme la pluie.


«Un métier de rêve», jusqu’au 19 novembre, Théâtre du Grütli, Genève.

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