On attendait un film exceptionnel, susceptible de marquer un tournant historique. Une première coproduction entre le Vietnam et les Etats-Unis, ça se fête! Bien sûr, Oliver Stone avait déjà fait la paix à sa façon dans Heaven and Earth, mais ce film décevant, tiré du récit autobiographique d'une Vietnamienne ayant traversé la guerre, n'avait pas été tourné sur place.

Three Seasons, lui, est le premier long métrage d'un fils d'émigrés (Tony Bui, 26 ans), tourné à Saigon dans la langue et avec des acteurs du pays. Produit par Harvey Keitel, qui y tient également un rôle, il vient de triompher au Festival de Sundance, Colorado, en raflant à la fois le Grand Prix du jury et le Prix du public.

Les réactions à Sundance – Mecque du cinéma indépendant américain – prouvent surtout qu'outre-Atlantique, on a besoin d'images venues d'autres horizons, d'un cinéma ouvert sur le monde plutôt que d'évasion ou d'autocritique. Mais aussi d'un cinéma assimilable, c'est-à-dire qui ne bouscule pas trop les conventions narratives. Three Seasons offre tout cela. Chacun de ses quatre récits entremêlés est aisément identifiable – sans qu'on y trouve cette universalité qui signale l'œuvre d'art supérieure.

Le premier récit est celui d'une jeune fille engagée pour cueillir et vendre des fleurs de lotus au profit d'un mystérieux maître, lépreux et poète. Le second raconte l'amour d'un modeste cyclo pour une callgirl de grands hôtels.

Les troisième et quatrième récits sont plus imbriqués, avec un petit vendeur de bibelots soupçonnant un Américain de lui avoir volé sa mallette, tandis que ce dernier recherche la fille qu'il a eue autrefois avec une femme de Saigon. Des personnages qui partagent le destin des laissés-pour-compte du «miracle vietnamien». Pourtant, on chercherait en vain le regard capable de les ancrer dans ce moment historique.

Il aura fallu composer avec la censure de la République socialiste. Le film s'en tire par une sorte de néoréalisme mou, ponctué d'images splendides, que l'on met sur le compte de la supposée nature contemplative des Orientaux. On finit par en vouloir au film d'être davantage l'émanation d'un jeune esprit romantique que le témoin de l'évolution d'un pays qui panse encore ses blessures.