Cinéma

«Vif-argent», histoire de fantômes français

Le directeur de casting Stéphane Batut se frotte dans son premier film à la comédie romantique fantastique

Pour son premier long métrage, Stéphane Batut a choisi de revisiter un des motifs classiques du cinéma fantastique, celui d’une possible histoire d’amour au-delà de la vie. Est-ce que deux amants peuvent encore s’aimer lorsqu’un des deux est passé de l’autre côté? Voici donc Juste, que l’on découvre épuisé, déboussolé, comme exsangue. On découvre alors, comme lui, qu’il est mort.

Quelques années plus tard, le voici devenu un passeur aidant les âmes errantes, tel le Charon de la mythologie grecque, à accepter leur sort et définitivement quitter le monde des vivants. Pour ce faire, il écoute leurs souvenirs et les emmène dans un endroit qui a compté, où ils se sentent bien. On pense alors à After Life (2008), la deuxième réalisation d’Hirokazu Kore-eda, qui voyait le cinéaste japonais raconter comment le plus beau souvenir des défunts était mis en scène par une équipe de cinéma afin de les aider à partir sereinement.

Puissance émotionnelle

Il y a dans Vif-argent le même amour du 7e art que dans After Life. Batut, qui jusque-là travaillait dans l’ombre comme directeur de casting (pour Mathieu Amalric, Xavier Beauvois, Claire Denis, Arnaud Desplechin ou encore Paul Verhoeven), semble prendre un malin plaisir à déjouer les règles du cinéma de genre, du film romantique et de la narration, pour tendre vers un objet cinématographique à la fois d’une infime fragilité dans sa façon d’entremêler le monde des vivants et des morts (tout esprit rationnel y trouvera forcément des incohérences), et d’une grande force émotionnelle dans son évocation de l’histoire de Juste le fantôme et Agathe la vivante.

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Il convient, pour pleinement goûter à ce petit film qui a le mérite d’éviter les pièges dans lesquels tombe trop souvent le cinéma d’auteur français, de ne pas attendre plus que ce qu’il a proposé, c’est-à-dire une histoire finalement extrêmement simple, mais portée par un excellent duo de comédiens (Judith Chemla la diaphane, Thimotée Robart le débutant) et transcendée par une belle photographie et une musique tout en rondeur. Malgré des influences trop évidentes, Leos Carax et Wong Kar-wai, Vif-argent colle parfaitement au cliché du réalisateur à suivre.


Vif-argent, de Stéphane Batut (France, 2019), avec Thimotée Robart, Judith Chemla, Djolof Mbengue, Jacques Nolot, Antoine Chappey, 1h46.

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