Histoire de loup, entre polar et conte

Genre: Roman
Qui ? William Giraldi
Titre: Aucun Homme ni Dieu
Trad. de l’américain par Mathilde Bach
Chez qui ? Autrement, 315 p.

Belle découverte que celle de William Giraldi, traduit pour la première fois en français. Né en 1974 dans le Connecticut, cet universitaire a chaussé des bottes de baroudeur pour aller sculpter dans la glace une histoire qui tient tout à la fois du polar et du conte cruel, de la fable métaphysique et du roman d’aventures à la Jack London. Nous sommes à Keelut, un village perdu aux confins de la civilisation, au cœur de l’Alaska. Cette année-là, le froid est terrible, plus implacable que jamais. Les caribous se sont enfuis, en quête de nourriture, et les hommes sont prisonniers des neiges qui risquent de les ensevelir comme un funeste linceul. Mais, à Keelut, il y a aussi le poids des superstitions les plus archaïques et cette folle rumeur qui prétend que les loups, poussés par la faim, sont descendus des montagnes et ont enlevé trois enfants du village…

Parmi eux, le petit Bailey, 6 ans, le fils de Medora Slone, une mère éplorée qui, toute la nuit, fusil sur l’épaule, a arpenté les collines à la recherche de ces bêtes dont elle ne retrouvera pas la trace. «Plusieurs fois, elle tomba à genoux dans la neige, imaginant ses larmes transformées en balles de glace, ricochant sur le givre et les rochers», écrit Giraldi, qui raconte comment Medora fera appel à un écrivain naturaliste, Russell Core – un spécialiste des loups et de leurs mœurs –, afin qu’il vienne à Keelut et parte à son tour à la recherche de la meute qui a emporté le petit Bailey, dont il ne reste peut-être qu’un tas d’os enfouis sous la neige.

A son arrivée, Russell découvre un village paralysé par le froid et la peur, où la pureté immaculée des paysages dissimule bien des noirceurs. Et où la mort attend son heure, tapie au coin des bois. Les loups sont-ils les seuls responsables de la disparition des enfants? Où est la clé de l’énigme? Dans l’immensité des forêts? Au cœur du village lui-même? Tandis que Russell s’enfonce dans la toundra glacée, le romancier fait monter le suspense en ajoutant de nombreuses digressions sur le monde animal et, surtout, sur les rapports de l’homme avec sa propre animalité. «Les annales de la connaissance humaine sont muettes face à la sauvagerie tapie en chacun de nous», écrit Giraldi, qui ne cesse d’établir un parallèle entre la violence des éléments naturels et une autre violence, bien plus redoutable, celle qui se cache au fond des âmes lorsque l’homme devient un loup pour l’homme. Comme dans Sukkwan Island de David Vann, auquel ce roman fait penser, avec sa prose envoûtée. Brute et brutale, à force d’affronter l’extrême.