La Bouteille, toile signée Le Corbusier, reste introuvable. Propriété de la Ville de Zurich, le tableau, datant de 1927, avait été acheté en 1964 pour 80 000 francs. Sa valeur est estimée aujourd’hui à 1,5 million de francs. Sa disparition, constatée en 2006, avait déclenché une vaste opération, visant à répertorier toutes les œuvres d’art appartenant à la Ville et, si possible, à remettre la main sur des pièces dont on avait perdu la trace.

Car les employés municipaux peuvent emprunter tableaux et gravures pour décorer leur bureau. Mais, au terme du premier contrôle systématique des possessions artistiques municipales, la Ville doit se rendre à l’évidence: 5000 œuvres sur les 35 000 que compte la collection se sont volatilisées.

Les responsables de la collection relativisent. Seulement un tiers des œuvres sont des originaux, toiles, sculptures, installations. Les 21 500 pièces restantes sont des gravures d’une faible valeur artistique, dont il existe parfois jusqu’à 60 exemplaires. Elles étaient destinées à orner écoles, hôpitaux et autres bâtiments publics. La Ville envisage d’en vendre certaines pour faire de la place dans ses dépôts. Mais, comme le précise Urs Spinner, porte-parole du Département des constructions, «la collection dans son ensemble, comme témoin de la production artistique locale sur une période de 100 ans, a une grande valeur».

Sans cette oeuvre de Le Corbusier, les pièces manquantes sont assurées pour un montant de 1 million de francs, sur 121 millions de francs pour la collection complète. La toile était accrochée dans un couloir de la maternité de l’hôpital Triemli, avant d’être, à la fin des années 1970, déplacée dans une salle de réunion, puis bannie à la cave. Elle n’a jamais reparu.

Fiche à remplir

Le choc de la disparition de La Bouteille a mis fin à une gestion assez anarchique des trésors artistiques de la Ville. Désormais, les lieux d’exposition des tableaux, lithographies et autres gravures sont inventoriés en bonne et due forme. Et les employés doivent remplir une fiche écrite et s’engager à prendre soin de «leur» œuvre. Ils ne peuvent plus, comme par le passé, les déménager eux-mêmes, voire les emporter à la maison à l’heure de la retraite.