Caractères

Ces villes que m’ont léguées les écrivains

Il y a des métropoles, des bourgades qui n’existent que dans les livres et qui vous hantent comme des rêves

«Certains souvenirs de lectures vous attachent à une ville autant qu’à votre famille», écrivait Paul Morand dans ses textes sur Londres. En lisant cette phrase, des villes entières surgies de livres lus sont soudain réapparues, des lieux inoubliables, tenaces et incertains; tenaces peut-être parce qu’ils ont cette texture de la mémoire et du rêve: une image insaisissable, une simple sensation mais qui vous hantent sans cesse.

Ces villes de papier demeurent, comme des mirages, comme le souvenir d’un songe. Pétersbourg d’Andréi Biély. Je m’en souviens comme si je l’avais traversée dans un cauchemar lent et fabuleux. Une ville obscure, froide, baignée d’une lumière de réverbère floue, qui éclaire de proche en proche, de façade en porche, des scènes hallucinatoires. Une ville où la neige tourbillonne en tempête, comme les idées sous un cerveau chaotique, où coule un fleuve de glaces sombres. Le récit, lui, s’est estompé avec le temps, mais la sensation de la ville dans le roman, je ne peux pas l’oublier, même si elle n’a rien à voir avec le vrai visage de la cité, que depuis j’ai vue de mes yeux.