Avec son double mètre, Jean Studer se trouve très vite à l’étroit. Dans la petite cave de sa maison des hauts de Neuchâtel, sa grande silhouette semble empruntée, soucieuse de ne rien renverser. «Je suis désolé, c’est un peu le souk, s’excuse-t-il en enjambant des cartons de vins posés ça et là. Quand je quitterai le Conseil d’Etat, le 31 juillet, une de mes priorités sera de ranger tout ça pour en faire une cave à vin qui tienne la route. Ces dernières années, mon agenda surchargé ne m’a pas permis de réaliser des travaux domestiques.»

Le nouveau président du conseil de banque de la BNS – une fonction à temps partiel – n’a pas encore les idées claires concernant les aménagements à venir dans sa cave. «Je vais commencer par tout vider. Je vais ensuite reclassifier, organiser et peut-être tout mettre ailleurs. Ici, c’est parfois un peu chaud en été.»

Cette incertitude ne le gêne pas: il stocke une part importante de ses bouteilles en Valais, canton d’origine de son épouse Marie-Christine. «J’adore le vin, mais je ne suis pas un collectionneur. J’ai pas mal de vins suisses, surtout neuchâtelois et valaisans. J’ai aussi un faible pour les bordeaux et les bourgognes blancs.» Et d’exhiber un des trésors de sa cave, un Château Margaux 1989. «C’est l’année de naissance de ma deuxième fille, Margaux. C’est une des dernières qu’il me reste. J’aime ce type de vins, charnus et puissants. J’aime aussi les arômes tertiaires qui se développent avec l’âge.»

Entre Jean Studer et Bordeaux, c’est une vieille histoire d’amour. Né à Saint-Cloud, près de Paris, le Neuchâtelois a été éduqué «à la française», avec un éveil précoce aux arts de la table. «Les repas de famille étaient des moments privilégiés. Dès l’âge de 11 ou 12 ans, mon frère et moi avions droit à quelques gouttes de vin dans notre verre d’eau le dimanche. A 17 ou 18 ans, j’ai commencé à boire du vin. Mon père achetait des crus français, surtout des bordeaux. Pour sa génération, la France était le seul pays capable de produire de bons vins.»

Cette initiation a porté ses fruits: l’ancien avocat peut «difficilement imaginer» bien manger sans boire un verre de vin. «Quand je travaille, je m’interdis de boire à midi sauf circonstances exceptionnelles. En revanche le soir, je bois volontiers deux à trois verres. Je fais mon choix en fonction de ce que je mange. Et bien sûr, le vin est un compagnon indispensable quand on reçoit du monde à la maison. Il catalyse la convivialité.»

Jean Studer souligne qu’il boit «de plus en plus de vins suisses», notamment des blancs. Joignant le geste à la parole, il choisit pour l’apéritif une bouteille de viognier de Thierry Constantin, vigneron-encaveur à Sion. «C’est Marie-Catherine qui me l’a fait découvrir, comme d’autres vignerons valaisans. C’est une région incroyable. Il y a une qualité, une diversité, une richesse exceptionnelle au vu de la taille réduite du vignoble.»

Pour déguster le nectar valaisan, direction la terrasse de la maison entourée de verdure. La vue sur le lac de Neuchâtel est splendide. A l’arrière-plan, les Préalpes, sublimées par un soleil du soir, semblent flirter avec le plan d’eau. En servant le vin, le socialiste souligne son souci constant de consommer local. «Depuis presque dix ans, je n’achète plus de produits frais dans les grandes surfaces. Pour le poisson ou la viande, je vais chez des fournisseurs en direct. Le samedi matin, j’essaie d’aller au marché de Neuchâtel pour les légumes. Même chose pour le vin: je vais régulièrement faire mes emplettes directement chez le producteur.»

Jean Studer n’est pas seulement épicurien, c’est aussi un cuisinier confirmé. Une passion qu’il doit à sa mère, issue d’une dynastie de restaurateur. Il l’a développée suite à sa séparation avec la mère de ses deux premières filles. «J’ai toujours voulu leur offrir autre chose que des pizzas ou des plats congelés. Avec le temps, elles ont appris à apprécier le vin. J’aime cette transmission.» Aujourd’hui, il se plie en quatre au fourneau pour faire plaisir à sa petite dernière, Louise, 3 ans.

Quand on le lance sur la gastronomie, le Neuchâtelois finit toujours par évoquer l’Italie, qu’il a appris à connaître avec son épouse. Là non plus, le vin n’est jamais très loin. «J’aime la simplicité, la qualité de la cuisine et le sens de l’accueil des Italiens. Il y a quelques années, Marie-Christine et moi avons passé le Réveillon dans un bon restaurant de Florence. Au moment de commander, elle s’est étonnée avec humour de ne pas trouver de vin valaisan à la carte. Sans crier gare, le patron nous a servi un Château Margaux, un Petrus puis un Château d’Yquem pour finir. A la fin, il nous a fait visiter sa cave. Cela reste un souvenir incroyable.»

Quand on le lance sur la gastronomie, il finit toujours par évoquer l’Italie