portrait

Vincent Babel, un homme de bien

Dans «Calvin, un itinéraire», succès ludico-historique de l’été dernier repris dès aujourd’hui à Genève, l’acteur donne au réformateur des accents humbles et humains

Désarmant. On lui parle portrait, il ne pense pas «le mériter». On lui parle théâtre, il ne l’envisage pas «sans amour». «J’ai besoin d’aimer le metteur en scène et les comédiens avec qui je travaille, sinon je ne donne rien.» Vincent Babel, 36 ans, 1m86 et un sourire d’enfant, est désarmant de bonté. Pas étonnant qu’il compose dès ce soir un Calvin si humain dans les rues de Genève. Lui qui consacre une grande partie de son temps à la cause syndicale et dédiera la dernière représentation de ce spectacle à sa maman, décédée il y a juste dix ans. C’est, comme on dit, un grand cœur. Blessé par l’absence d’un père indifférent et qui a trouvé dans le théâtre de quoi recréer un clan.

Calvin, un itinéraire , petit miracle de l’été dernier. Souvenez-vous, pour les 500 ans de la naissance du réformateur, Genève a débordé de festivités. Parmi les rendez-vous, ce spectacle itinérant emmené par Catherine Fuchs au texte et Cyril Kaiser à la mise en scène. Parfait alliage de gravité historique et de légèreté ludique qui faisait (re)découvrir les beautés cachées de la Vieille-Ville et exposait l’air de rien le dilemme entre spiritualité rêvée et douloureuse application sur le terrain. Le spectacle a plu, tellement, qu’il est repris jusqu’au 13 septembre prochain.

Interpréter Jean Calvin? «Je me réjouissais de travailler avec Cyril qui est un professeur de diction passionné, un métier que je pratique aussi avec intérêt. Mais j’étais anxieux de jouer ce théologien qui me semblait tout sauf sexy.»

A ce moment, Vincent Babel ne sait pas qu’il tient un rôle passionnant. «Avec ce personnage, je traverse trois climats. Le Calvin fougueux, révolutionnaire qui veut populariser la foi. Le Calvin pragmatique qui doit plier sa spiritualité à la raison d’Etat. Et le Calvin philosophe qui prône la mesure et s’émeut devant la beauté de la nature.» Dans la dernière scène, celle du sermon éclairé à la bougie, Vincent Babel subjugue par sa capacité d’intériorité. «J’étais terrorisé par ce moment qui est le seul où l’on entend la langue de Calvin, ses mots d’il y a 500 ans. J’ai pensé à Dustin Hoffman dans Little big man. Comment il trouve la vérité de ce vieillard qui a tout vu, tout vécu.»

La référence a porté. Comme, peut-être son admiration «totale» pour l’acteur Jean-Quentin Châtelain. «A Vidy, j’ai été ébloui par son interprétation de Mars. Ce mélange d’ancrage et de légèreté… aucun autre comédien n’est capable d’une telle puissance de jeu.» Au rayon des fascinations, Vincent Babel évoque encore le cinéaste Emir Kusturica. «J’aime son excès, son lyrisme débridé. J’ai pu le rencontrer et lui ai glissé mon numéro de téléphone en soufflant que je rêvais de travailler avec lui. Il m’a fixé intensément, m’a dit qu’il n’oubliait jamais un visage et que ça se ferait une fois. Je n’y crois pas trop, mais le rêve n’est pas interdit!»

La naïveté? Un bel atout de Vincent. «Quand j’avais 6 ans, ma mère, préparatrice en pharmacie et passionnée de théâtre, m’a emmené voir Les Caprices de Marianne à la Comédie-Française. J’ai créé la stupeur en lançant tout haut une réplique à Ludmila Mikaël.»

Peu après, Vincent suit des cours d’escrime et d’équitation. De théâtre aussi «pour vaincre une timidité repérée par l’institutrice». Et joue dans un spectacle adapté de la BD de Claire Brétécher, Les Ggnangnan. «Au lever de rideau, l’acteur David Gobet et moi poussions un immense gnan!, comme un cri primal. J’aime cette idée de naissance au théâtre.»

Le clan, ce rempart organique. A l’image des alliances qu’il tisse avec des metteurs en scène pour lesquels il joue régulièrement: Antony Mettler, et ses grands projets en plein air, dont Le secret des pirates, il y a trois ans. Et Georges Guerreiro (Les Mangeuses de chocolat, Merlin ou la terre dévastée) qu’il a aussi plusieurs fois assisté. La mise en scène, il y pense pour lui-même? «Oui, l’an prochain, je dirige Fred Landenberg et Deborah Etienne dans Love Letters, duo d’amour par correspondance. Je vais travailler avec un danseur pour que les corps, même immobiles, restent animés de l’intérieur.»

Animé de l’intérieur. L’expression lui va bien. On décèle une fragilité. «Ça va mieux depuis cinq ans que Marion, ma fille, est née. Avant, quand je terminais un rôle, je ne savais pas si c’était Vincent ou le personnage qui restait…» De l’animation à l’action: depuis dix ans, le comédien milite au sein du Syndicat suisse romand du spectacle dont il est depuis peu le vice-président. «Si la révision de la loi sur le chômage passe le 26 septembre prochain, c’est une catastrophe pour les intermittents. Dix-huit mois de travail sur deux ans pour ouvrir un délai-cadre, ça relève de l’impossible! En septembre, nous allons mener une campagne pied à pied.» La bonté n’empêche ni la lucidité, ni la combativité.

Calvin, un itinéraire, jusqu’au13 septembre, à 20h30, départ à la Société de lecture, rés. 800 418 418, infos: 022/807 27 45, www.theatredusaulerieur.ch

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