«Vidy va rayonner avec une nouvelle étoile!» Le lyrisme du syndic Daniel Brélaz, au moment d’annoncer la nomination de Vincent Baudriller hier à l’hôtel de ville de Lausanne, était à peine exagéré. Il fallait une figure d’envergure pour succéder à René Gonzalez, dont les vingt ans de direction ont fait de Vidy une référence de la scène européenne. Les autorités lausannoises peuvent se féliciter: en dix ans à la tête du Festival d’Avignon aux côtés d’Hortense Archambault, Vincent Baudriller a prouvé qu’il pouvait lui aussi concilier qualité artistique et succès public. Il était donc tout désigné pour succéder au grand René, d’autant que son mandat à la Cité des Papes arrive à échéance cet été.

Ce calendrier idéal, mais surtout la qualité de son projet et «son enthousiasme à le défendre devant la commission de sélection», glisse le municipal Grégoire Junod, lui ont valu d’être préféré à René Zahnd et Thierry Tordjman, duo qui assure la direction intérimaire depuis le décès de René Gonzalez, le 18 avril dernier.

C’est vrai que le projet de Vincent Baudriller fait rêver. Loin de réduire la voilure, le nouveau directeur voit grand, très grand. Profitant de son carnet d’adresses ­avignonnais qui le relie non seulement aux théâtres francophones, mais aussi à de nombreuses places européennes, comme Vienne et Berlin, et internationales, comme Buenos Aires et Séoul, Vincent Baudriller va continuer à assurer le rayonnement de Vidy à l’étranger.

La prouesse? Cette ouverture vers l’extérieur ne se réalisera pas au détriment des artistes romands, a précisé hier le lauréat. Il a dit son admiration pour l’Arsenic, salle contemporaine en pleine rénovation, et la Manufacture, «haute école de théâtre de talent», et se réjouit de collaborer avec ces forces locales. Vincent Baudriller connaît bien la création romande. Il y a deux ans, il a invité Oskar Gomez Mata au Festival d’Avignon après l’avoir suivi sur plusieurs années. De retour de Brazzaville après un saut à Oslo ces derniers jours, l’homme se déplace volontiers.

Mais ce qui garantit plus encore la fiabilité de sa promesse, c’est sa manière de travailler. Dès leur arrivée au Festival d’Avignon en 2003, Vincent Baudriller et Hortense Archambault ont initié le principe d’artiste associé, soit un metteur en scène (Jan Fabre, Josef Nadj, Wajdi Mouawad, etc., jusqu’à Simon McBurney l’an dernier) avec lequel et autour duquel le duo élabore la programmation. Concertation encore, les deux jeunes directeurs, la quarantaine chacun, sont connus pour accompagner les artistes dans leur travail.

«Voilà pourquoi je préfère le nom de producteur à celui de programmateur», a précisé Baudriller hier. «Les artistes se sentent souvent seuls lors de la création. Il faut les sortir de leur solitude.» Or, un tel suivi est évidemment plus aisé avec des compagnies installées à proximité… Pour autant, le nouveau directeur n’importera pas à Vidy le principe de l’artiste associé. «Même si le volume d’Avignon (130 000 places) rejoint, voire dépasse celui de Vidy (100 000 places), une programmation saisonnière suppose plusieurs couleurs sur l’année et non une esthétique unique.» Une saison 2014-2015 où pourraient figurer les artistes chers à Vincent Baudriller (Thomas Ostermeier, Wajdi Mouawad) et qui sera «sensible aux écritures et langages contemporains. Lausanne, avec son université, est bien une ville de recherche, non?», a souri le directeur. Avant d’évoquer la possible création d’un temps fort ou festival lors de la saison.

Autrement dit, un menu très copieux qui suppose une équipe compétente et motivée. Vincent Baudriller, qui s’installe à Lausanne cet été, arrivera-t-il avec ses propres forces à Vidy en septembre 2013? «Non, j’arrive seul, ouvert et sans a priori.» Réputé pour sa capacité de dialogue, le nouveau directeur ne devrait avoir aucun mal à se faire adopter par l’équipe actuelle, qui a déjà fait ses preuves.

De là à imaginer le maintien dans leur poste de René Zahnd, directeur adjoint, et Thierry Torjdman, administrateur, alors qu’ils viennent de postuler à la direction… Seul l’avenir répondra à une si délicate question.

Cette ouverture vers l’extérieur ne se réalisera pas au détriment des artistes romands