Festival

Vincent Baudriller: «La vitalité de la scène suisse est exceptionnelle»

Vincent Baudriller et le Théâtre de Vidy proposent dès le 23 mars un festival qui fédère les institutions lausannoises et invite à découvrir des chorégraphes, performeurs et acteurs parmi les plus passionnants de leur génération

Agitateur, va! Contrebandier, tiens! A la tête du Théâtre de Vidy, Vincent Baudriller est adepte de la libre circulation, à condition qu’elle déboussole. Pour la troisième année consécutive, il propose à Lausanne, avec le Théâtre de l’Arsenic et sa directrice Sandrine Kuster, un festival dédié à des créateurs qui font tomber les cloisons entre les genres.

Vous voulez jouer au passe-murailles avec eux? Du 23 mars au 2 avril, il vaudra la peine de se laisser surprendre, un soir au bord du lac à Vidy, un autre à l’Ecal, un autre encore au Théâtre Sévelin 36 ou à la Cinémathèque – autant d’adresses fédérées à l’enseigne de Programme commun.

L’affiche est généreuse, qui mêle têtes brûlées et baroudeurs illustres. Dans cette catégorie, l’Italien Romeo Castellucci, maître en discordance, promet une version personnelle de «De la démocratie en Amérique», l’essai fameux d’Alexis de Tocqueville – du 30 mars au 2 avril à Vidy. Le chorégraphe canadien Daniel Léveillé — une figure lui aussi – exaltera quant à lui le geste cru dans «Solitudes Solo», du 21 au 23 mars à l’Arsenic. Autre moment troublant en vue: l’artiste bernois Milo Rau, 39 ans, entraînera les interprètes du Theater Hora, troupe zurichoise constituée d’interprètes handicapés, dans «Les 120 Journées de Sodome», d’après Sade et Pasolini – à l’Arsenic, les 1er et 2 avril.


Le Temps: Vous avez intitulé cette troisième édition de Programme commun «Libre circulation.» Qu’est-ce que ce slogan recouvre?

Vincent Baudriller: Il s’agit d’abord d’inviter le public à circuler en toute liberté de la danse à la performance, du théâtre au cinéma, comme le font aujourd’hui beaucoup d’artistes dans leurs pratiques. Avec ce slogan, nous avons aussi voulu inciter le spectateur à passer d’une star comme Stefan Kaegi ou Vincent Macaigne, qui reprendra En manque, à des figures méconnues.


– C’est aussi une vitrine pour les artistes suisses…?

– Oui. C’est notre marque. Témoigner de la vitalité de la scène romande et alémanique est l’un de nos objectifs. Nous attendons quelque 140 programmateurs de toute l’Europe et d’Amérique latine. L’ambition est de permettre à ces créations de tourner.


– Un nouveau festival à Lausanne, ça peut paraître luxueux, non?

– Ça ne l’est pas. Les différentes structures qui contribuent à Programme commun unissent leurs forces. Le résultat de cette collaboration, notamment dans le domaine de la billetterie, est que ce déploiement sur dix jours ne coûte que 125 000 francs, tout le reste étant couvert par nos budgets respectifs. Sans le regroupement de nos forces, un tel festival coûterait 1,5 million de francs. Il y a un dynamisme à Lausanne que je n’ai constaté nulle part ailleurs, grâce à nos institutions, aux écoles d’art, l’Ecal et la Haute Ecole de théâtre de Suisse romande. Ces dix jours servent aussi à rendre visible cette créativité.

– C’est le caractère exemplaire de Programme commun?

– Les moyens ont tendance à se restreindre dans le domaine culturel. Avec le regroupement de nos institutions, nous créons une valeur ajoutée au service des artistes et des spectateurs.


– Que voudriez-vous faire vivre au public?

– Premier constat: il répond à l’offre et il vient de toute la Suisse romande. L’an passé, le taux de fréquentation de nos salles était de 90%. Le principe, ce n’est pas seulement de lui donner l’occasion de découvrir un spectacle, mais de l’inciter à voyager d’un univers sensible à l’autre, comme dans un festival. D’où la concentration de ces événements sur des week-ends. L’idée, c’est que le spectateur voie une pièce à Vidy et qu’il saute ensuite dans la navette qui le conduira à l’Arsenic. Programme commun, c’est l’équivalent au fond du Festival de La Bâtie à Genève.


Programme commun, du 23 mars au 2 avril; rens. http://programme-commun.ch/accueil/

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