Le Diable a posé sa marque sur la filmographie de Vincent Cassel. Dans Le Moine, son personnage l’affronte au corps-à-corps. Dans Black Swan, la figure cornue du Malin transparaît brièvement sous l’apparence du chorégraphe manipulateur. Satan rôde dans Les Rivières pourpres.

L’acteur français a encore incarné un être démoniaque (Sheitan), et même un satyre au pied fourchu (Sa Majesté Minor)… «Est-ce que c’est vraiment une coïncidence? demande Cassel. Je suis attiré par la beauté du Diable, mais je n’y crois pas – ni en Dieu. Je ne suis pas religieux du tout, ma spiritualité ne fonctionne pas par rapport à ces archétypes.»

Vif comme un chat dont il a l’œil vert, Vincent Cassel s’enflamme. Il relève que Pan, dont la morphologie a déterminé la représentation du Diable dans l’iconographie chrétienne, était le dieu du plaisir. Et le serpent, détenteur du savoir, est aussi devenu un symbole du Mal. Or «ni le plaisir ni le savoir ne devraient être connotés de façon négative».

Entre le mafieux russe des Promesses de l’ombre, Mesrine ou Gilles de Rais dans Jeanne d’Arc, Cassel a interprété plus de salauds que de chics types. Il écarquille les yeux, se justifie: «Je ne connais pas beaucoup de chics types. En vérité, le monde n’est pas très beau. Ce n’est qu’injustices et abus de pouvoir. Au milieu de tout ça, il y a quelques mecs bien, c’est-à-dire des gens qui arrivent à dépasser leurs problèmes.»

Il est donc plus excitant de jouer les méchants. «Parce que dans la vie, c’est très difficile de faire la différence entre le Bien et le Mal. Et puis, j’ai grandi en regardant des films où Gian Maria ­Volontè, De Niro ou Piccoli interprètent des personnages torturés. Il est difficile de parler de la vie sans faire allusion au Mal. Au cinéma, il n’y a rien de plus intéressant que de prendre quelqu’un de parfait, de le mettre dans une flaque et de le regarder se noyer.»

Vincent Cassel attire les rôles sombres. Cette tendance répond aux souhaits de celui qui a été reconnu avec La Haine, il incarne un faux dur, soit «un mou qui cache sa mollesse. C’est intéressant, le mec qui veut faire croire qu’il est autre chose.» Pourquoi les cinéastes viennent lui demander de jouer les brutes et les crapules? Il n’en sait rien, hasarde: «J’ai une tête particulière, des pommettes hautes, les yeux en amande, un front tordu… Pas terrible pour le rôle du prince charmant…»

Au cinéma, Vincent Cassel est sensible à la beauté graphique du grand Diable rouge de Legend. Il apprécie le dandysme inquiétant de Louis Cyphre, joué par Robert De Niro dans Angel Heart. Il raffole du Démon déguisé en Chaperon rouge que l’on découvre à la fin de Don’t Look Now.

«Le Diable est laid, mais il doit être séduisant pour qu’on succombe à ses charmes», dit-il. Comme dans La Beauté du Diable, où Méphisto a tour à tour l’éclat de Gérard Philipe et la laideur de Michel Simon. Peut-il avoir simplement la tête normale de Sergi López dans Le Moine? «Normal? rigole Cassel. Il n’est pas si normal que ça, Sergi. Mais il a beaucoup de charme avec sa bonhomie et ses petits yeux plissés.»

Aujourd’hui, les péchés capitaux sont bien intégrés à la société de consommation. Ils sont le sel de l’existence. «Si je n’avais pas d’orgueil, je ne ferais sans doute pas ce métier», médite le comédien. Quant au Mal, c’est «tout ce qui touche aux enfants. Profiter de la pureté, de la naïveté d’un enfant, c’est vraiment condamnable. C’est parce qu’on maltraite les enfants, qu’on les néglige, qu’on abuse d’eux, que le monde part en vrille aujourd’hui. Bien davantage que cette espèce de mascarade généralisée qu’est la politique, l’avenir passe par des enfants équilibrés.»

«Ni le plaisir ni le savoir ne devraient être connotés de façon négative»