LIVRES

Vingt-cinq livres à lire pendant l’été

Romans, essais, jeunesse, polars, poésie, une sélection à prendre dans ses valises

«Tu pars?» C’est la petite phrase que l’on pose aux amis, aux collègues, à l’approche des vacances. En guise de réponse, on pourrait faire la liste des livres que l’on espère lire pendant la pause estivale. Un livre permet de partir même si on ne part pas. Et de partir encore plus, si l’on part. L’habitude, la profusion des titres disponibles font parfois oublier ce trésor niché au cœur des pages: du temps démultiplié.

Le geste simple d’ouvrir un roman, un recueil de poèmes, un essai, un roman policier, un album pour enfants, déclenche une autre ouverture, mentale celle-là. On tourne une page et la porte des souvenirs, de l’imaginaire, du ressenti s’entrebâille, laissant passer images, bruits et émotions. Au temps réel de la lecture (une heure au lit, trois heures sur le bord de la piscine, une nuit dans l’avion) s’ajoute le temps de l’histoire que l’on lit. Il faut aussi compter le temps des personnages, leur présent et leur passé. Le temps des pensées qu’ils suscitent chez le lecteur, digressions qui font bien souvent lever les yeux de la page, comme pour mieux se perdre dans le flux intérieur. Ensuite, le temps qui suit la lecture n’a plus tout à fait le même goût. Quelque chose persiste de tous les voyages effectués, en soi et hors de soi. La vie même prend d’autres couleurs.

L’équipe des Livres du Temps vous propose 25 titres à savourer pendant l’été, autant de promesses de temps élargi. Bons voyages! (Lisbeth Koutchoumoff)


ROMAN ET POÉSIE

Corinne Desarzens
L’Italie, c’est toujours bien
La Baconnière, 128 p.

«L’Italie, c’est toujours bien», ce leitmotiv parcourt le voyage d’un petit groupe d’amateurs d’art. Ils suivent Ivonne à travers les petites villes des Marches aux trésors cachés, loin du flot des touristes. Ils sont curieux, gourmands, leur guide les comble d’informations et leur offre la récompense de bonnes tables. Un parcours joyeux et érudit, en quête d’Annonciations: tant de peintres, en Italie, ont su magnifier cet irreprésentable moment. Et parmi eux, Lorenzo Lotto, qui devient un personnage, un compagnon de route, avec sa Vierge effrayée dans sa robe aussi rouge que celle de Dieu, et que le châle d’une voyageuse, amené à jouer un grand rôle. L’Italie, c’est toujours bien confirme une Corinne Desarzens en grande forme. I. R.


Thomas Sandoz
La balade des perdus
Grasset, 208 p.

Il faut embarquer avec Luc, Julia, Pauline, Goon et Bierrot pour une épopée en minibus, puis en dépanneuse, puis en train, puis en charrette, puis en car et en triporteur et finalement à pied. Il faut embarquer pour ce road trip signé par le Chaux-de-Fonnier Thomas Sandoz, parce que les aventures de Luc le narrateur en fauteuil roulant, de Julia l’éducatrice, de Pauline la pleureuse, de l’irascible géant Goon et du clown au cœur d’artichaut Bierrot sont à la fois burlesques et tendres, drôles et émouvantes.

Loin de les regarder en bêtes curieuses, Thomas Sandoz fait de leur «différence» une liberté. Malgré leurs difficultés, les personnages ne cessent de s’amuser et partagent avec le lecteur le simple plaisir d’être au monde. E. Sr


Stephan Enter
Compassion
Trad. du néerlandais (Pays-Bas) par Annie Kroon
Actes Sud, 192 pages

Seul, mais insouciant. Voilà ce qu’était Frank jusqu’à sa rencontre, en ligne, avec Jessica. Et à sa grande surprise, la plus superficielle des manières de faire la connaissance d’une femme le tire de l’indolence d’un long célibat aventureux. Changement de temporalité, donc: avec Jessica, d’Utrecht à Amsterdam, la géographie de son existence est transformée. Or le couple, Frank ne connaît pas. Obsédé par l’apparence et les identités numériques, il ne parvient à éprouver que compassion pour l’intimité de la jeune femme. Immersion dans les pensées d’un homme incapable de situer ses insuffisances, mais dépassé par un nouveau désir d’attachement, ce roman fait malicieusement la lumière sur les paradoxes de nos idylles contemporaines. E. J.


David Collin
Vers les confins
Voyages, dérives, épiphanies
Hippocampe, 160 p.

Que vit-on lorsque l’on se trouve «en voyage»? David Collin réunit dans Vers les confins une série de rêveries, de chroniques, de récits où il observe le déboussolement qui se produit lorsque l’on est en route pour les lointains (Inde, Chine, Russie) ou même à deux pas de chez soi. Car l’auteur se laisse saisir par ces «épiphanies profanes» dont parle Walter Benjamin, qui peuvent surgir au cœur du quotidien. Guide poétique, souvent drôle, pour cueillir l’inattendu, manuel de flânerie, Vers les lointains est un précieux allié des vacances qui permet de se rappeler que l’attention au monde se cultive, en lisant, en écrivant. En voyage ou dans son train de pendulaire. L. K.


Klaus Merz
Hart am Wind/Tout près du vent
Traduit de l’allemand par Marion Graf
Editions d’en bas, 278 p.

Ces poignées de mots forment des poèmes brefs, parfois vertigineux. L’Argovien Klaus Merz écrit par soustraction, en enlevant le superflu. Il recherche la simplicité. C’est toujours une surprise de découvrir où il nous emmène, avec ces images du quotidien, une chemise suspendue à un crochet, un rocher, une femme qui attend… Il scrute le proche, les visages, les gestes, témoigne de nous. Change subtilement de perspective pour faire croître notre regard et nous réconcilier avec le temps. Dans ces pages, l’infime ouvre à de très beaux, de très vifs éclats de mots sur l’humanité. Le poète ne se prive pas non plus d’images, lui qui par exemple dit si bien les saisons: «A travers les lamelles/épier l’été/son pelage poussiéreux.» J. B.


Julie Guinand
Hors-la-loi
Paulette éditrice, 82 p.

Il faudrait toujours partir avec des «pives» dans son sac de plage, du nom de ces livres de tout petit format (9 centimètres sur 12) que la maison Paulette publie depuis 2016. Parmi les parutions récentes, Hors-la-loi de Julie Guinand, un récit comique qui tient le loufoque en laisse. La narratrice quitte son job chez le coiffeur Atmosph’Hair quand elle découvre que Jesse, le beau gars de la classe, est revenu au pays et a racheté la ferme de ses parents. Passion, mariage. Mais des événements étranges commencent à s’accumuler. Jesse s’absente de plus en plus. Ses trois sœurs, les Triplettes, suprêmement agaçantes dans leur façon de tenir la narratrice à l’écart, cuisinent des festins improbables à tour de bras. L’étrange va gagner du terrain. L. K.


Orfa Alarcón
Ni de jour ni de nuit
Trad. de l’espagnol (Mexique) par Mélanie Fusaro
Asphalte, 232 p.

Julio est à la tête d’un cartel de Monterrey, plaque tournante du narcotrafic mexicain. Son travail, ses paroles, son sexe: tout en lui exsude la brutalité. Au règne de la loi du plus fort, mieux vaut s’agenouiller dans l’œil du cyclone. Pour Fernanda, la narratrice de ce conte immoral, seuls les bras périlleux de Julio sont gages de réconfort. La soumission sera brève. Excitée par la banalisation de la violence, encouragée par le souvenir de ses propres traumas, Fernanda se métamorphose en bourreau. Jeune auteure mexicaine, Orfa Alarcón renouvelle le genre de la romance sociale en territoire mafieux. A coups d’argot salace et de pulsions verbales, ce drame contemporain exerce un charme noir. S. K.


Roberto Arlt
Un crime presque parfait
Trad. de l’espagnol par Aurélie Bartolo et Margot Nguyen Béraud
Cent Pages, 96 p.

Onetti, Cortázar et Bolaño l’appréciaient: Roberto Arlt (1900-1942) était un magnifique observateur des bas-fonds de Buenos Aires. Il a écrit quelques romans importants mais il excellait surtout dans les chroniques qu’il publiait dans El Mundo, ses fameuses «eaux-fortes». Un crime presque parfait réunit sept «contes» policiers. Celui qui porte ce titre dévoile la machination subtile destinée à faire croire à un suicide. Qui vole des vêtements de la maison de confection Xenius, et jusqu’aux croissants des employés? Une vendeuse avisée démasquera le coupable et sa vengeance sera terrible. Etc. Petits crimes longuement ourdis, magouilles urbaines malignes mais jamais assez: ces petites morales, accompagnées de photos et de dessins d’époque, sont délicieuses. I. R.


David Foenkinos
Vers la beauté
Gallimard, 222 p.

Parfois, dans la vie, il vaut mieux s’asseoir tranquillement et fixer son regard sur une œuvre peinte. C’est ce choix étrange que fait Antoine Duris, en quittant son poste de professeur aux Beaux-Arts de Lyon pour devenir gardien de salle au Musée d’Orsay. Malgré une écriture légère et détachée qui convient davantage à la comédie de mœurs, Vers la beauté s’aventure dans les cercles de l’enfer, en croisant la vie d’Antoine, antihéros absent à lui-même, avec le destin de Camille, jeune artiste dévorée par un secret. Avec 15 romans à son actif, dont La délicatesse et Charlotte, David Foenkinos s’essaie avec brio à la noirceur du polar sans perdre son goût pour l’optimisme. A mettre sans hésiter dans la valise. E. G.


Fabienne Radi
Holy, etc.
art&fiction, 124 p.

Artiste, Fabienne Radi crée des livres, des objets, des livres-objets. Quand elle écrit, elle manifeste le même sens du rapprochement incongru. Ses textes sont drôles, élégants et légers, qu’elle évoque une toute jeune morte, un costume de panda allergène ou qu’elle avoue à ses enfants un ancien forfait. Elle a le goût des listes et des collages, l’art des jeux de mots, le génie des situations burlesques. Et quand elle disserte sur le pouvoir de consolation des culottes, c’est roboratif. On retiendra, dans ce recueil délicieux, un portrait saisissant de Flannery O’Connor, cette dame patronnesse à béquilles et à l’humour impitoyable. L’auteure lui offre le cadeau d’un joint partagé avec Allen Ginsberg. I. R.


Christophe Rey
Claquettes et ornithologie
Héros-Limite, 240 p.

Les Notes de chevet de la dame de cour Sei Shonagon enchantent les amateurs de listes depuis le Xe siècle. Ses catégories déroutantes exercent toujours leur charme. Christophe Rey, photographe, dessinateur, artiste, s’y est laissé prendre à son tour. Il recense ainsi les «choses qui tombent du ciel», les sommets qu’il a gravis, puis moins attendus, les bacs – à glaçons, à sable, à fleurs, pour traverser les fleuves… A la manière des «Je me souviens» de Georges Perec, des rapprochements incongrus naissent, des réminiscences se décantent, deviennent universelles, en appellent d’autres. Développées en brefs récits ou en notes de lecture, les listes dessinent ici un bel espace pour l’imagination. I. R.


JEUNESSE

Sibylline (scénario), Jérôme d’Aviau (dessin), Capucine (lettrage)
Rat et les animaux moches
Delcourt, 216 p.
Dès 7 ans

Une grande histoire que l’on peut lire en plusieurs fois comme un feuilleton: tel est l’un des plaisirs de Rat et les animaux moches de Sibylline, Jérôme d’Aviau et Capucine. Houspillé sans cesse par Madame Patate, Rat quitte la maison, excédé. Le voilà sur des chemins de campagne quand surgit le «Village des animaux moches qui font un petit peu peur». Rat pénètre dans un camp retranché pour araignées, limaces, phasmes et baudroies. Ils ont tous des gueules pas possibles mais sont d’une infinie gentillesse. Rejetés, ils sont tristes «un peu tout le temps». Rat va faire bouger les choses. Une réussite (scénario et dessin) qui fait réfléchir à la différence, aux apparences et qui peut aussi changer le regard sur les animaux qui font peur! L. K.


Blaise Hofmann
Les mystères de l’eau
Illustr. de Rémi Farnos
La Joie de lire et l’Unil. Dès 10 ans

Naïa choisit son sujet d’exposé pour la rentrée: ce sera «l’eau». Et le lecteur des presque 130 pages que compte cet ouvrage éclectique (récit, dialogues, citations, lettres, illustrations pleine page ou cases de BD) vivra une immersion très riche au cœur de cet élément si mal partagé et tant gaspillé. Au cours de sa quête, Naïa s’informe auprès de professeurs (de l’Unil) en géographie, biologie, psychologie, théologie, philosophie et correspond même avec le biophysicien Jacques Dubochet, «notre» Prix Nobel de chimie!

Une version savante (et adolescente) des «albums promenades», où texte et images s’unissent pour rendre la science savoureuse. S. N.


Beatrice Masini
101 bonnes raisons de se réjouir d’apprendre une langue étrangère
Illustr. de Guillaume Long
La Joie de lire. Dès 8 ans

Dans ce cinquième opus de la série 101 bonnes raisons, le duo Masini-Long s’intéresse à l’apprentissage des langues. Sérieux ou loufoques, didactiques ou décalés: auteure et illustratrice passent en revue tous les avantages qu’il y a à savoir communiquer en différents idiomes, mais aussi les difficultés, les exercices nécessaires, les découvertes occasionnées par la compréhension et le partage, les bizarreries linguistiques, pour finir sur la communication dans son acception la plus large. Un parfait dosage de légèreté et de sérieux, avec des illustrations noir et blanc qui, elles, se situent clairement du côté du rire. S. N.


Peter Sís
Robinson
Grasset Jeunesse. Dès 5 ans

C’est une histoire venue de l’enfance de l’auteur, sur laquelle il dépose les mots et les images du grand créateur qu’il est devenu: Peter Sís se souvient combien il aimait les aventures de Robinson Crusoé, et sa déception lorsque son déguisement, fabriqué par sa mère pour une fête de l’école, fut raillé par ses camarades.

Commencent alors des pages magiques où le rêve et l’imaginaire viennent au secours de l’enfant, où le chagrin devient tremplin vers l’aventure intérieure, jusqu’à pouvoir affronter à nouveau le regard des autres – qui d’ailleurs aura changé.

Cet album est du grand Peter Sís, un voyage à la cartographie si caractéristique, aux teintes et aux motifs envoûtants, au rythme doux. S. N.


Ariel Holzl
Les sœurs Carmines
T1: Le complot des corbeaux
Mnémos
Dès 13 ans

«Quid non occiderem occipiti primum»: «Ce qui ne vous tue pas est ce que vous avez tué en premier», telle est la devise de Grisaille où vivent Merryvère et ses deux sœurs, Tristabelle et Dolorine. Lorsqu’un cambriolage perpétré par Merry se conclut en échec retentissant (un mort accidentel et un rival inattendu pour un objet en apparence sans aucune valeur), les ennuis ne font que commencer. Vampires, goules, guilde de voleurs et autres nécromanciens se côtoient dans un univers original et décapant. Ariel Holzl réussit dans ce premier roman à surprendre et faire rire grâce à un humour noir et une aventure rythmée qui fera certainement mouche chez tous les plus de 13 ans. K. B.


Claire Renaud
Les quatre gars
Sarbacane
Dès 12 ans

Dans la famille Fradet, surnommée «Dégâts» à cause de leurs frasques en tout genre, trois générations d’hommes vivent ensemble. Il y a Pierre-Marie, le grand-père, Jean-Marie, le père, Yves-Marie et Louis-Marie, les deux fils. Depuis le départ sans explications de Marie, la mère, dont le prénom semblait être un signe du destin, le petit Louis, 9 ans, observe cette famille dysfonctionnelle avec un regard acéré. Claire Renaud nous fait découvrir la vie un peu rude de ces quatre gars sur l’île de Noirmoutier ainsi qu’une belle palette de personnages tous plus attachants les uns que les autres. C’est souvent drôle, parfois triste et toujours doté d’une pointe de fraîcheur parfaite pour l’été. K. B.


Laini Taylor
Le faiseur de rêves T1
Trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Sarah Dali
Lumen
Dès 14 ans

Lazlo est orphelin, moine puis bibliothécaire, mais avant tout rêveur. Depuis son enfance, il s’imagine guerrier pour une cité dont le nom a été oublié de tous. Fasciné par cette ville de légende, il entreprend de nombreuses recherches à son sujet avec l’espoir secret de pouvoir un jour la visiter. Le faiseur de rêves de Laini Taylor est un magnifique roman de fantasy doté d’un univers à couper le souffle où l’aventure et la découverte des sentiments, notamment amoureux, sont les principaux mots d’ordre. Le second niveau de compréhension de l’histoire amène à penser la différence dans une belle apologie à la tolérance qui ne laissera aucun lecteur indifférent et fera palpiter le cœur des plus de 14 ans. K. B.


POLARS

Maurice Gouiran
L’Irlandais
Jigal, 238 p.

Le peintre Zach Nicholl est retrouvé mort dans son atelier marseillais. Après avoir été l’une des figures importantes du street art, l’Irlandais – ainsi qu’on le surnomme – s’était reconverti dans une peinture plus classique. Il avait quitté l’Irlande du Nord vingt ans plus tôt, au lendemain des accords de paix de 1998. A-t-il fait l’objet d’un règlement de comptes tardif lié à ses possibles liens avec l’IRA? Eleveur de chèvres à ses heures et héros récurrent des polars du Français Maurice Gouiran, le journaliste Clovis Narigou convainc son chef de l’autoriser à partir en reportage à Belfast. L’occasion pour l’auteur de revisiter un passé peut-être un peu vite enterré. Riche et passionnant. M. D.


Sébastien Meier
Les casseurs d’os
Fleuve noir, 300 p.

Il existe au cœur de l’Europe un pays nommé Bohême, dans lequel règnent l’ordre et la paix civile. Les policiers ont même été désarmés il y a quelques années. Mais voici qu’un double crime, particulièrement odieux, a lieu dans l’idyllique forêt du parc national. Elias, journaliste et travesti à ses heures, qui a révélé un scandale de corruption, enquête… Et rencontre notamment la reine de la nation, laquelle semble démunie face à la montée du populisme local. Après sa trilogie policière achevée avec L’ordre des choses, le Lausannois Sébastien Meier livre un thriller à tonalité originale, dans un pays très proche de la Suisse – et pas seulement géographiquement. N. Du.


Louise Penny
La faille en toute chose
Trad. de l’anglais (Canada) par Claire et Louise Chabalier
Actes Sud, 517 p.

L’écrivaine Louise Penny est imbattable quand il s’agit de construire des intrigues complexes tout en peaufinant les atmosphères et l’humanité de ses personnages. Dans La faille en toute chose, alors que Noël approche, son inspecteur chef Armand Gamache se retrouve impliqué dans un duel à mort avec son supérieur et pire ennemi, le directeur général Francoeur. Quel terrifiant projet ce dernier a-t-il concocté? On craint le pire. Parallèlement, l’attachant policier enquête sur la mort de Constance, la dernière survivante des quintuplées Ouellet connues dans le monde entier au début des années 1930. Une curieuse vieille dame dont la vie semble étrangement nimbée de mystère. De quoi frissonner de peur, et de froid. M. D.


ESSAIS


Etienne Barilier
Leonhard Euler. La clarté de l’esprit
PPUR, coll. Savoir suisse, 156 p.

Et pourquoi pas des mathématiques pures pour l’été? Etienne Barilier est un bon compagnon pour approcher le génie des maths Leonhard Euler (1707-1783). Né à Bâle, il a vécu entre Berlin et Saint-Pétersbourg. Si on se souvient encore que les billets de 10 francs ont arboré son effigie, on ne sait souvent guère plus sur sa vie et encore moins sur son œuvre. Et pourtant, deux tiers des découvertes scientifiques de son siècle lui reviennent… En conteur (lire en p. 36), et en essayiste pédagogue, Etienne Barilier nous permet de rencontrer ce talent hors norme et d’approcher, comme dans un froissement stellaire, cette fameuse beauté des mathématiques, si peu accessible, en temps normal, au commun des mortels. L. K.


Daniel Sangsue
Vampires, fantômes et apparitions. Nouveaux essais de pneumatologie littéraire
Hermann, 304 p.

Journal d’un amateur de fantômes
La Baconnière, 308 p.

Daniel Sangsue est catégorique: tous les écrivains du XIXe siècle ont parlé des fantômes dans leurs livres. Pourquoi un intérêt si vif pour les revenants précisément à cette époque? Et qu’en est-il aujourd’hui? Sommes-nous, par la voix des écrivains et des cinéastes, toujours aussi toqués de spectres? La réponse est à découvrir dans Vampires, fantômes et apparitions (Hermann) et dans Journal d’un amateur de fantômes (La Baconnière). Inspirants, passionnants, ces livres confirment que la frontière entre fiction et réalité est poreuse. La question n’est pas tant de savoir s’il faut croire aux fantômes mais si «les fantômes croient en nous». L. K.


Annie Le Brun
Ce qui n’a pas de prix
Beauté, laideur et politique
Stock, 170 p.

Amie des surréalistes, Annie Le Brun dénonce, dans ce pamphlet, l’accaparement de l’art par la marchandisation: expositions de prestige sponsorisées par des marques de luxe, sacs Vuitton ornés de La Joconde, customisés par Jeff Koons à 4000 euros, etc. Après le réalisme socialiste et l’art hitlérien, voici l’ère du «réalisme globaliste» qui désamorce l’art de sa charge subversive et la remplace par la dérision ou l’uniformisation. Avec le libertaire William Morris, avec Rimbaud, le Facteur Cheval et Victor Hugo, elle appelle à «extravaguer», à retrouver, avec Mandelstam, «la poésie qui nous secoue». A emmener avec soi pour s’interroger devant les grandes manifestations artistiques de l’été. I. R.

Pages réalisées par Lisbeth Koutchoumoff, Eléonore Sulser, Isabelle Rüf, Nicolas Dufour, Emmanuel Gehrig, Mireille Descombes, Julien Burri, Elisabeth Jobin, Sylvie Neeman, Kevane Bouchart, Salomé Kiner.

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