Cinéma

Vingt-quatre heures avec Ben

Peter Hedges flirte avec le thriller pour raconter une journée dans la vie d’une mère de famille confrontée au retour d’un fils toxicomane. «Ben Is Back» doit beaucoup à la performance de Julia Roberts

«Je vais mieux», affirme Ben. Le jeune homme n’avait pas le droit de quitter la clinique dans laquelle il suit une cure de désintoxication, mais le voilà face à sa mère, Holly. Il va mieux, donc, cela fait près de 80 jours qu’il est sobre et il veut passer Noël en famille. Holly aimerait le croire, tandis que sa sœur et son beau-père savent qu’il n’est pas encore prêt à retrouver une vie normale. Elle décide néanmoins, non sans avoir caché médicaments et bijoux, de lui proposer un marché: il peut rester 24 heures, mais sous surveillance constante. Elle ne sait pas, alors, que ces prochaines 24 heures seront les plus longues de sa vie.

Ben Is Back, quatrième long métrage de Peter Hedges, avec son fils Lucas dans le rôle-titre, a quelque chose de démonstratif dans sa manière d’évoquer le problème de l’addiction. On y apprend que tout a commencé lorsque Ben avait 14 ans et que, à la suite d’un accident, un médecin lui a prescrit des antidouleurs à forte dose. Le début d’une dépendance qui verra l’adolescent passer de convalescent à junkie. On craint alors le film à thèse, si ce n’est que la mise en scène tendue de Peter Hedges, ainsi que l’excellente idée de concentrer l’intrigue au maximum, permet au récit d’emprunter les codes du thriller pour distiller un suspense prégnant, et éviter ainsi de sombrer dans le happy end convenu.

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Et il y a aussi, surtout, la présence de Julia Roberts. La comédienne campe une Holly profondément terrorisée à l’idée de perdre son fils, mais ne sachant pas comment faire pour enrayer une spirale infernale, une lente descente aux enfers dont elle est un témoin privilégié mais impuissant. Elle donne au film une réelle profondeur, face à un Lucas Hedges très à l’aise dans la peau d’un personnage mi-ange, mi-démon, prisonnier lui aussi d’une spirale que le film ne va jamais chercher à expliquer – et c’est une bonne chose – d’un point de vue psychologique.


Ben Is Back, de Peter Hedges (Etats-Unis, 2018), avec Julia Roberts, Lucas Hedges, Courtney B. Vance, Kathryn Newton, 1h42.

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