Locarno Festival

«M», violence des échanges en milieu hassidique

La réalisatrice française Yolande Zauberman a dévoilé un documentaire choc sur l'horreur de la pédophilie dans une banlieue ultra-orthodoxe de Tel-Aviv

Sur une plage de Tel-Aviv, un trentenaire chante nuitamment un air yiddish. Il est filmé en gros plan, on ressent d’emblée quelque chose de sombre, d’oppressant. Derrière une voix d’ange, une souffrance. Menahem Lang prend la caméra à témoin: «J’étais un porno kid, un garçon destiné au plaisir des hommes.» On plonge alors avec lui dans la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak, fondée dans les années 1920 par des familles hassidiques. Y vivent les haredim, ou «Craignant-Dieu». On a l’impression d’une secte à ciel ouvert.

Menahem, alors qu’il avait 7 ans, peut-être même moins apprendra-t-il plus tard, a été violé par plusieurs rabbins et membres des autorités religieuses. Accompagné de la documentariste française Yolande Zauberman, qui a notamment travaillé auprès d’Amos Gitaï, il a accepté de revenir sur les lieux du crime, au cœur d’une ville divisée en clans et régie par une ségrégation des genres moyenâgeuse.

Milieu hypocrite

C’est alors à un voyage au bout de l’horreur que l’on va prendre part. Car, évidemment, le problème de la pédophilie est large, il existe de nombreux Menahem qui, eux aussi, ont subi la violence sexuelle d’adultes qu’ils craignaient et respectaient. Menahem a gardé sa voix d’une pureté bouleversante, mais à l’intérieur, il est à tout jamais abîmé. Comment se construire une sexualité normale lorsqu’on a été violé? Et, plus largement, comment se construire une sexualité normale dans un milieu hypocrite qui condamne les relations hors procréation et se cache les yeux?

M est le seul documentaire en compétition cette année à Locarno, et c’est un film choc. Un film comme fermé, aux cadrages étroits, sans profondeur de champ, un film en apnée qui ne laisse pas le temps au spectateur de respirer. «Ce film est un couteau», lit-on après 1h45 suffocantes, révoltantes. Un couteau qui, espérons-le, provoquera une saignée à même de libérer la parole et de pousser les ultra-orthodoxes – comme l’Eglise catholique a dû le faire – à se pencher sur sa part d’ombre. Les enfants ne vont dorénavant plus seuls aux bains rituels, apprend-on déjà à l’issue de ce documentaire admirablement construit.

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