Bâtie-Festival de Genève

Violet de Meg Stuart: puissance et intelligence de la transe

«Violet», pièce de l’Américaine Meg Stuart, subjugue par la finesse de sa construction et la puissance de sa transe. Un voyage sensoriel vu à l’Esplanade de Divonne dans le cadre de la Bâtie-Festival de Genève

L’Américaine Meg Stuart n’est pas coutumière des chorégraphies abstraites où seul le mouvement, sa logique, son énergie, dicte sa loi au spectacle. D’ordinaire, cette artiste établie à Berlin empoigne des problématiques sociales dont la charge artistique repose sur de claires interpellations publiques. Virage donc pour la danseuse de 45 ans avec «Violet», pièce qui subjugue par la finesse de sa construction et la puissance de sa transe. Un voyage sensoriel vu à l’Esplanade de Divonne dans le cadre de la Bâtie-Festival de Genève, avant la Gessnerhalle de Zurich, fin septembre.

Soit cinq danseurs au fond d’un plateau nu. Et un musicien sur le côté. Devant son écran et derrière sa batterie, il connaîtra lui aussi les montées en puissance et les répits de la transe. Tout commence en silence dans un face-à-face dépouillé où les interprètes, jeunesse en pantalons et pulls de tous les jours, regardent le public sans affect particulier. Petit à petit, sur un filet de musique électronique qui va devenir fleuve, un bras s’arrondit, une épaule se hisse, des doigts se défroissent. Gestes imperceptibles qui marquent le début d’une vague qui enfle jusqu’au tsunami pour atteindre un déferlement de sons et de mouvements magnifiquement déployés. Délires autistiques? Oui pour certains spectateurs qui ont témoigné de leur perplexité en quittant la salle. Non, pour les autres, séduits par la beauté des partitions individuelles et la cohérence du tout.

Car, même si les trajets de chaque interprète semblent dictés par des pulsions singulières, l’évolution en scène et les différents rendez-vous collectifs révèlent le souci d’écriture de Meg Stuart. Ce moment, par exemple, où tous les danseurs se retrouvent à quatre pattes creusant leur dos lors d’une accalmie musicale. Cette autre séquence aussi où les corps s’ajoutent les uns aux autres composant un amalgame rotatif au sol. Cette manière encore de se passer les mouvements comme si un danseur contaminait un autre par l’impératif de sa gestuelle. Mais rien n’est souligné, rien n’est explicite. Tout arrive dans une logique organique qui fascine par sa fluidité. Le plaisir est multiple. D’un côté, bonheur des lignes qui se dessinent dans un chaos orchestré. De l’autre, plaisir de se laisser happer par cette charge énergétique, ce déchaînement physique.

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