Il a déboulé sur la scène du piano classique sans crier gare, il y a deux ans, avec un premier disque sobrement intitulé Volodos. Volodos, Arcadi de son prénom, est né à Saint-Pétersbourg il y a 27 ans, de parents chanteurs. Jusqu'ici, rien que de très banal. Seulement voilà: fantastique pianiste, il n'a commencé l'étude suivie de l'instrument qu'à 15 ans, à l'heure où d'autres avalent tout cru les partitions les plus virtuoses du répertoire. Invité au Verbier Festival & Academy, Arcadi Volodos donne mercredi un récital, auquel s'ajoute samedi le 3e Concerto de Rachmaninov, en remplacement de Martha Argerich.

Porté par son génie, le jeune Russe a développé rapidement une formidable technique. Elle lui permet d'exceller dans le répertoire romantique, qui exige couleurs, sens du chant et tempérament de feu. Aujourd'hui, les meilleurs orchestres de la planète se l'arrachent (Philharmonique de Berlin, Concertgebouw d'Amsterdam, etc.), ses récitals se jouent à guichets fermés, à l'exemple de celui donné l'an dernier au Carnegie Hall de New York, capté pour le disque (CD Sony). Dans un français impeccable, il raconte son cheminement inhabituel.

Le Temps: Vous avez d'abord étudié le chant et la direction d'orchestre, le piano n'est venu que beaucoup plus tard. Ce parcours a-t-il changé votre approche de l'instrument?

Arcadi Volodos: Je n'ai jamais essayé d'analyser mon propre style pianistique, mais il est clair que mes études, surtout celles de direction, ont beaucoup apporté à ma façon de concevoir la musique. Longtemps, je n'étais même pas sûr que la musique deviendrait ma vie, mon métier. Peu à peu, j'ai réalisé que la musique m'était aussi nécessaire que l'air que je respire. D'avoir commencé tard le piano, surtout en Russie, aurait pu être un handicap insurmontable. Heureusement, j'ai travaillé à Moscou avec Galina Egiazarova, qui m'a beaucoup aidé. Sans cette rencontre, je n'aurais peut-être pas continué le piano. Par la suite, j'ai étudié un an à Paris avec Jacques Rouvier, puis à Madrid avec Dmitri Bashkirov, un musicien que j'admire énormément.

– Croyez-vous en l'existence d'une école russe du piano?

– C'est une idée ridicule. Chaque interprète doit être personnel, sinon ce n'est pas la peine. Parle-

t-on d'école canadienne de piano à la suite de Glenn Gould? Si on analyse le jeu des grands pianistes russes de la première moitié du siècle, on remarque qu'ils jouaient tous très différemment les uns des autres. Au siècle dernier, la notion d'école avait peut-être encore un sens, car les musiciens ne voyageaient pas autant, et ils étaient moins soumis aux influences extérieures. Mais aujourd'hui, on a la possibilité de tout écouter, de tout connaître. L'approche est devenue plus universelle.

– On vous a souvent comparé aux pianistes «romantiques», comme Horowitz ou Rachmaninov…

– J'ai une immense admiration pour Rachmaninov. Je ne connais pas tous les autres, mais j'aime également Alfred Cortot, Gieseking, Schnabel… J'écoute de préférence les pianistes du début du siècle, ils ont tellement à nous apporter.

– D'où vous vient votre amour pour les transcriptions pianistiques?

– Je n'ai jamais décidé d'écrire des transcriptions. Elles sont nées spontanément, au gré de mes improvisations. Le week-end dernier, j'ai joué à Verbier la Sonate pour violoncelle et piano de Rachmaninov avec Frans Helmerson. J'ai un peu improvisé sur le thème du troisième mouvement. En trois heures, j'avais une transcription prête! Je ne force pas ces choses, elles doivent venir toutes seules, naître d'un désir profond et inexplicable.

– La musique est-elle pour vous une expérience mystique?

– Je pense qu'il y a une part de mystère en tout. Pour moi, la musique représente un monde unique, indépendant des autres formes d'art ou de la philosophie. La musique de Scriabine, par exemple, possède sa logique propre, qui n'est pas la même que celle de ses idées.

– Votre répertoire comprend surtout de la musique romantique et postromantique. Est-ce par goût, ou parce que cela correspond à une image que vous voulez donner?

– Ma carrière internationale a véritablement commencé il y a seulement deux ans. Contrairement aux pianistes qui tournent depuis des années, je n'ai pas encore eu le temps de me forger un grand répertoire. Cela n'a rien à voir avec mon image. Ma profession, c'est d'être musicien, un point c'est tout. Le reste ne m'intéresse absolument pas. Mon seul souci, c'est de donner du bonheur au public. Si je sens qu'il sort de la salle heureux, alors je le suis aussi. Mais je ne m'en rends compte qu'à la fin du concert: quand je joue, je suis pris par la musique, et j'oublie complètement le monde extérieur… n

Le pianiste Arcadi Volodos au Verbier Festival & Academy, récital (Schubert, Scriabine, Rachmaninov, Liszt), me 28 à 19 h, «Concerto N° 3»

de Rachmaninov, sa 31 à 19 h, salle

Médran. Loc. tél. 027/771 82 82.

Volodos: «Piano Transcriptions», 1 CD Sony. «Arcadi Volodos Live at Carnegie Hall», 1 CD Sony.