C’est une partie plus qu’essentielle du journalisme, qui peut changer la face du monde, sinon celle d’un conflit. Un grand hebdomadaire français parlait du «poids des mots et du choc des photos». Mais si le poids peut s’évaporer avec les ans, le choc, lui, connaîtra toujours plusieurs répliques. On ne compte plus les clichés qui ont traversé l’histoire et dont les courses se prolongeront encore longtemps au fil des décennies. Le photojournalisme est un art plein, dans tous les sens du terme, mais aussi une profession qui vacille dangereusement depuis des années. Au point d’être en voie de disparition?

Il y a eu un âge d’or du photojournalisme, voilà quelques décennies. Financier, d’abord, avec des journaux et des magazines aux budgets conséquents, et des revenus plutôt confortables pour ceux qui avaient l’énergie de courir le monde. Philosophique, aussi, où l’exigence et l’amour des choses bien faites prévalaient sur le reste. «Je rêve d’un monde où on mourrait pour une virgule», écrivait Cioran. A la grande époque, des photoreporters se seraient sacrifiés pour une légende bien rédigée. Mais aujourd’hui, la chair est un peu triste, selon une photographe expérimentée: «Avant, chez Geo ou National Geographic, j’allais à la rédaction, on discutait, on regardait la prémaquette, je faisais les légendes, j’étais associée du début à la fin. Aujourd’hui, je n’ai plus aucun droit de regard sur l’editing final et je suis atterrée: ceux qui travaillent dans les services photos sont des directeurs artistiques qui n’ont pas la culture photo. Ils ne parlent plus le même langage.»